Jan Van Imschoot affole chez Templon

Muriel de Crayencour
20 février 2019

Il ne reste que quelques jours pour aller se rincer l'œil devant les grandes toiles de Jan Van Imschoot chez Templon. Ce peintre né en 1963 à Gand déploie un style dans la lignée des grands artistes baroques flamands.

Jan Van Imschoot est tout d'abord un personnage qui semble tout droit sorti de ses peintures. Grand, massif, les cheveux longs, boucles aux oreilles, il pourrait sans problème débouler d'une petite rue moyenâgeuse de Bruges. D'ailleurs, c'est un autoportrait qui est à l'honneur sur l'invitation : Taste the color red le présente de trois quarts, une main tenant une cigarette, le regard perçant et la bouche crachant une épaisse couleur rouge à l'aspect sanglant. Van Imschoot, qui vit une partie de l'année dans la campagne française, peint la nuit. Dans le silence et le noir, il convoque ses démons, ses peurs et ses idées les plus sombres et les accueille avec un grand rire. Il joue sans frein avec des tableaux de l'histoire de l'art qu'il remodèle avec des éléments d'aujourd'hui. La Mort de Marat, de David, est revue et corrigée : toujours dans son bain, le révolutionnaire français est bien assassiné, mais il était occupé à lire ses mails sur son ordinateur posé sur une planche.

Une grande toile présente Freud assassiné par un pinceau de peintre piqué dans son ventre. A l'arrière de la scène, sept hommes nus, les bras croisés. « Je suis un enfant de la peinture et du cinéma, explique l'artiste. Un peintre flamand et un surréaliste latino-belge. Le langage et les images sont mes partenaires. Merci Rik Wouters, merci René, merci Marcel ! » Avec un style à la fois baroque, issu d'une longue tradition mais explosé et anarchiste, Van Imschoot teste toutes les marges de la peinture et ce qu'on peut lui faire dire. Comme ses pairs flamands Tuymans ou Borremans, il convie sa propre histoire, celle d'aujourd'hui, celle qui appartient à l'art, celle du langage et des symboles. Ainsi un putto, petit ange ailé symbole de l'amour, devient immense sur une toile grand format : gras, sensuel, presque indécent, il lit une lettre d'amour, nous explique l'artiste. Mais sa représentation baroque, grimaçante, nous enlève toute envie de la lire ! L'expo est à voir sans faute jusqu'à samedi 23.

 

Jan Van Imschoot 
Amore Dormiente
Galerie Daniel Templon
13A rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 23 février
Du mardi au samedi de 11h à 18h
https://www.templon.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.