Jan Van Imschoot, impunément

Muriel de Crayencour
07 janvier 2021

Deux ans après sa dernière exposition chez Templon, à Bruxelles, le Gantois Jan Van Imschoot revient avec une série de natures mortes, Le bouillon de onze heures. Né en 1963, Van Imschoot vit en France depuis 2013.

Au XVIIe siècle, donner le bouillon signifiait empoisonner. Il était facile, sous prétexte d'amener sa nourriture ou son bouillon du soir à quelqu'un, de lui porter une mixture qui allait le faire passer de vie à trépas. Autoproclamé anarcho-baroque, Van Imschoot déploie sous ce titre à la fois culinaire et terrifiant des peintures de genre, dans la lignée des plus grands peintres flamands. Voici de la vaisselle, de l'argenterie, des verres précieux, quelques mets raffinés... des cruches, carafes, verres à pied, jambons, fruits fendus, nappes précieuses. Tous les codes de la nature morte classique se retrouvent ici. Mais le truculent Gantois nous joue un sacré tour - ou bien nous empoisonne-t-il avec un sacré bouillon. A y bien regarder, ces deux citrons ressemblent sérieusement à une paire de seins, cette pêche à une vulve offerte, ces poires... 

Sur fonds sombres et par touches flamboyantes, l'artiste dépote, hilare, toute la bienséance des symboles qu'on trouve habituellement dans ces still lifes. Van Imschoot joue, presque avec dédain, sans souci de faire propre ou bien fait, tout occupé par l'énergie des idées farfelues qui lui montent à la tête. Aux cimaises de la vénérable galerie Templon, il se moque des spectateurs. Oui, de vous et moi ! Il nous faudra un œil vif et l'humour en bandoulière pour accepter de jouer avec lui. Vaisselle et fruits nous raconte une histoire de sexe, d'érotisme et de violence. "La peinture peut présenter un monde innocent en apparence, mais celui qui connaît l'art des symboles et des associations de formes peut y projeter impunément ses propres perceptions", dit Van Imschoot. On est loin du politiquement correct, du lisse et propre de certains artistes, et c'est plutôt vivifiant.

Jan Van Imschoot
Le bouillon de onze heures
Galerie Templon
13A rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu'au 30 janvier
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.templon.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.