Jean-Pierre Ransonnet au fond des bois

Muriel de Crayencour
28 novembre 2019

Il est passionnant de se plonger dans la biographie de Jean-Pierre Ransonnet qui vient de paraître chez Yellow Now. On y découvre le parcours de ce peintre qui démarre sa carrière dans les années 1970 avec des dessins, gouaches et collages satirico-érotiques et qui aujourd'hui peint des arbres. Une exposition de ses peintures vient de s'ouvrir à la Galerie Marie-Ange Boucher

"Moi, je suis ardennais, je prends le temps", répète à l'envi Ransonnet (1944, Lierneux). L'artiste commence à peindre des sapins (une série qu'il appelle ça peint) à partir des années 1980. Ce retour à la peinture n'est pas "une rupture brutale entre les œuvres-récits des années 1970 et l'autobiographie picturale qu'il entreprend au début de la décennie suivante. (...) La différence réside simplement dans la manière de faire et de faire voir. La différence, c'est aussi que Ransonnet s'autorise désormais à ne plus faire que ce dont il a envie", peut-on lire  dans l'introduction de sa biographie.

Aujourd'hui, cette peinture de paysage occupe la majorité de son travail de création. Aux cimaises de la galerie, des arbres en masse, bois et forêts profondes, parfois jetés sur le papier marouflé ou sur la toile, à l'huile, parfois en plusieurs couches et repentirs, qui ajoutent une profondeur intense à la composition. Derrière une forêt se cachent d'autres forêts ! Parfois à l'eau et au pigment, se laissant surprendre par les effet de couleurs et leur réaction sur le support. Palette riche - où se rejoignent des verts et des mauves, parfois piquetés de jaune et de rouge - gestes vifs, luminosité. Les promenades que Ransonnet nous offre sont d'une grande beauté.

Rencontre avec Jean-Pierre Ransonnet :

- MdeC : Combien de temps ça prend pour peindre une forêt? 

- Jean-Pierre Ransonnet : Toute une vie. 

- Quand sait-on que c'est fini? Ce n'est jamais fini. Mes peintures ne sont pas pensées ni conceptualisées. Mais soudain je ressens un ennui, ou je trouve qu'une couleur fatigue... 

- Ces arbres, c'est un travail sur la couleur ? Oui. Avec la couleur, on va toujours vers l'inconnu. Parfois la couleur résiste, elle est trop présente, elle vous ennuie. Il faut intervenir alors avec une autre couleur, pour retrouver une musicalité. 

- Il y a de nombreuses coulures sur les bords latéraux de vos peintures. Oui je tourne le tableau dans tous les sens, pour trouver un rythme. C'est la couleur qui décide. J'observe comment elle réagit à la lumière, comment elle change. Je peins sans pensée, pour le plaisir de peindre. Je peins depuis l'âge de 15 ans et j'en ai 75 ! On peint avec toute l'histoire de l'art dans la tête. Mais ça reste une peinture peinte, ce n'est pas un message, ça ne raconte pas d'histoire. La nature sert de prétexte à jouer, comme un enfant. La peinture continue à me surprendre. Si je mets un bleu clair là, ça change tout !

- Pour Jardin, on voit qu'il y a de nombreuses couches. Cette toile m'a pris une année. Je repasse dessus parce que je ne suis pas content ! Mais c'est vrai qu'on y voit le passage des saisons.

- Sur ces papiers marouflés, la forêt est représentée cernée de blanc. Je voulais créer un bloc flottant, pour changer le rapport à l'espace, représenter complètement différemment le paysage.

- Cela donne un côté cathédrale à la forêt. Oui, c'est vrai. A posteriori, j'ai pensé à l'incendie de Notre-Dame. Mais ce n'est pas intentionnel dans ma peinture. C'est inconscient.

- Vous peignez sur le motif ? Non, mais je fais de longues promenades. Mais aussi, je suis né dans les Ardennes et je jouais dans les bois, enfant. C'est un jeu. Je prends la peinture comme un jeu.

Jean-Pierre Ransonnet
Nature
Galerie Marie-Ange Boucher
5 avenue du Grand Forestier
1170 Bruxelles
Jusqu'au 12 janvier 2020
Du vendredi au dimanche de 13h à 18h30
Trêve de Noël du 24 au 29 décembre

http://www.galeriemab.com/

Jean-Pierre Ransonnet, une biographie | Yellow Now  | 17 x 24 cm | 414 pages  | www.yellownow.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.