Jeff Kowatch invite à la méditation

Estelle Magalhàes
23 septembre 2021

À l’occasion de l’exposition Man Jok, La Forest Divonne héberge quelques-unes des œuvres récentes de Jeff Kowatch. L’intitulé de l’expo a été choisi en référence à la pratique méditative exercée à l’époque par l’artiste, et suggère ainsi son intention d’initier le visiteur au même exercice, mais à travers l’art. L’exposition, qui se tient aussi à la Galerie Faider, est à voir jusqu’au 23 octobre. Jusqu’au 16, visitez Odradek qui se consacre aux premiers pas de l’artiste.


Le flou artistique

Non, vous ne voyez pas flou. Ce sont bien la technique, les matériaux choisis par l’artiste, mais aussi sa patience qui sont à l’origine de cette impression trouble au travers de ses peintures. C’est dans son atelier à Bruxelles que le peintre natif de Californie travaille ses œuvres en y consacrant un temps considérable, nécessaire pour atteindre ce résultat. Les multiples couches d’une peinture faite à base d’huile de lin se superposent, mais ne se substituent pas pour autant. En s’approchant de plus près des toiles, leurs états antérieurs se dévoilent, parfois timidement certes, mais participant à un dégradé de couleurs, qui pour le spectateur, sont autant d’indices d’un travail de longue haleine, proche de la méditation.

Le parcours de l’exposition devient lui-même une forme de méditation pour le visiteur qui, arpentant la salle, découvre un univers polychrome, un monde de couleurs riantes, de formes apaisantes et arrondies. Triptych pourrait se laisser contempler indéfiniment tant en émerge une douceur réconfortante. Si l’on y aperçoit tantôt une foule, tantôt un conglomérat de molécules, l’effet de légèreté demeure intact. D’autres peintures abstraites captent également le regard, comme The Big Assumption, sorte de poésie céleste rappelant l’intérêt du peintre pour la thématique mystique. Sur chaque toile, la matière paraît intangible, voire inexistante. Sorte de présence-absence qui rend, elle aussi, l’expérience spirituelle.


L’effet pastel

Aussi sommes-nous déroutés par les dessins de Jeff Kowatch, exposés parmi les huiles sur toile et reposant, quant à eux, sur la rugosité de la matière. Réalisés sur un support en aluminium à partir de bâtons d’huile pour la plupart, ils offrent une texture toute en épaisseur, avec un effet pastel, et présentent des formes pouvant s’apparenter davantage à ce que nous connaissons dans le monde tangible.


La continuité

Bien que deux techniques différentes se rencontrent, les œuvres de l’exposition sont disposées de sorte qu’aucune frontière ne soit établie entre elles : à côté d’une huile sur toile se trouve un dessin, et inversement. Cet aménagement met en exergue la continuité visuelle qui existe entre les tableaux. Les deux procédés sont comme deux facettes d’un même univers aux formes courbées et colorées. C’est aussi l’artiste qui fait le lien, ce dernier proposant, dans ses dessins et ses peintures, une succession d’instantanés de vie, qu’il tente de conserver, par une pratique et une technique mûrement pensées.

Jeff Kowatch 
Man Jok 
Galerie La Forest Divonne 
66 rue de l'Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles 
Jusqu'au 23 octobre 
Du mardi au samedi de 11h à 19h 
https://www.galerielaforestdivonne.com/

Estelle Magalhàes

Journaliste

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