Jirrawun et Warmun, vues du ciel

Muriel de Crayencour
17 février 2019

Il vous reste une semaine pour découvrir, chez Aboriginal Signature, les œuvres des artistes des communautés artistiques de Jirrawun et Warmun, établies à la fin des années 1990 à l’est du Kimberley australien.

Pour la plupart peintes avec des poudres d'ocres rouges, jaunes et grises, elles n'ont pas pu être détachées de leur châssis et roulées pour arriver jusqu'à nous. Délivrées par deux bateaux différents, ces œuvres ont fait le voyage avec leur cadre. Sur les murs de la galerie Aboriginal, c'est une nouvelle découverte d'un groupe d'artistes aborigènes.

Le peuple Gija dont sont issus ces artistes a été chassé de ses terres par les colons à la fin du 19e siècle. Mais ces derniers leur permettent de travailler sur ces terres. Les aborigènes y circulent à cheval, travaillant pour les colons sans être payés mais pouvant circuler sur leur territoire. Les œuvres à voir ici sont pour la plupart des vues aériennes des territoires. Immenses cartes à la fois topographiques et rituelles, elles tracent les points d'eau et les chemins. Commençons par les toiles puissantes de Rammey Ramsey, toutes décrivant le Warlawoon Country à l'aide de couleurs primaires : fond bleu vif, aplats jaunes, cernes noirs rehaussés de points blancs. Si chaque peinture aborigène est chargée de nombreux référents sacrés qui échappent à notre œil occidental, on peut quand même en sentir la vibration et se laisser emporter par la force des compositions.

Churchill Cann utilise des ocres ramassées sur les territoires de son peuple pour tracer sur la toile des formes sinueuses, terrains et zones archivées via l'acte de peindre. On voit les traces de ses doigts, la poudre d'ocre qui parfois devient translucide, formant comme des champs labourés. Sa palette se déploie uniquement avec ces couleurs naturelles. Charlene Carrington, avec ces mêmes ocres, dessine de longs bandeaux sinueux qui traversent la surface comme les strates profondes de sa terre ancestrale.

Le galeriste Bertrand Estrangin démontre une nouvelle fois que l'art aborigène est un monde riche et vaste et qu'il ne peut être réduit à une simple formule. C'est à chaque fois un bonheur de l'écouter raconter les œuvres et défendre les artistes. Un travail de médiation dont devrait s'inspirer quelques galeristes en art contemporain !

 

Beyond the surface of the Dreaming - Jirrawun et Warmun
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles 
Jusqu’au 23 février
mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.