Jo Delahaut, la poésie et la rigueur.

Muriel de Crayencour
24 janvier 2014



Après la seconde guerre mondiale, quelques jeunes artistes dont Delahaut s’unissent dès la Libération pour former le groupe La jeune Peinture belge. Beaucoup s’adonneront à l’abstraction lyrique. Delahaut, lui, opte pour une abstraction géométrique totalement détachée de la réalité environnante.

Dès 1946, il déploie son style sobre et mesuré qui caractérisera désormais toute sa production. “L’art abstrait apporte sa part de lumière, sa part de vérité. C’est une manière privilégiée d’entrer en communion avec le monde.”, disait-il.

A voir sur deux lieux, la Maison des Arts de Schaerbeek et le Botanique, un vaste hommage à Jo Delahaut (1911-1992), représentant majeur de l’abstraction belge et un chef de file de l’art construit en Belgique. Il fut aussi un professeur d’arts plastiques durant 25 ans à l’athénée Fernand Blum de schaerbeek. Il n’avait pas fait l’objet d’une rétrospective depuis 1990. On se saurait trop vous conseiller de démarrer la visite par l’accrochage des oeuvres sur papier à la Maison de Arts de Sckaerbeek. Dessins, lithographies et gouaches côtoient les reliures et citations de l’artiste., dans un cadre en passe d’être rénové mais dont les couleurs fânées et murs servent à merveille le propos.

Au Botanique, une centaine d’oeuvres se donnent à voir élégamment et puissamment dans l’espace. Le langage formel de cet artiste réfléchi , mêlant aplats de couleurs et lignes rigoureuses, fait partie de notre iconographie commune. Delahaut cherchait la perfection d’une composition comme il aurait cherché la résolution d’une formule mathématique. Etonnament, sous cette rigidité formelle, se dit quelque chose d’infiniment poétique, une profondeur de champ, une douceur, beaucoup de coeur.

Une interview filmée de l’artiste est à voir. On y découvre un pédagogue attentif et un artiste qui cherche à offrir aux visiteurs “une même part de calme que lors de la visite d’un jardin zen”, dit-il. Delahaut réalisa aussi plusieurs pièces d’arts décoratifs: assiettes, foulards. Et de très belles sculptures en acier.


Comme mise en lumière, les 2 commissaires ont choisi de présenter quelques artistes contemporains qui travaillent sur le même route que Delahaut. Ainsi, entre autres, Edith Dekyndt, avec son film sur un livre plein de pages colorées, Jeanine Cohen, dont les compositions de lattes de bois envoient sur le mur qui les supporte un reflet coloré et fluo, et pour la jeune génération, l'Atelier liégeois Pica Pica, qu’on a pu découvrir à la galerie Alice. Les formes géométriques colorées en 3D, sorte de totems définitifs, sont posés au centre de l’espace d’exposition, sur une table de bois rouge. Leurs ombres projetées dessinent des volumes qui chantent fraternellement avec les toiles de Delahaut. Immanquable!
Jo Delahaut
Botanique
Bruxelles

Paru en octobre 2013 dans L'Echo

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.