Jos de Gruyter & Harald Thys, haut les pantins

Gilles Bechet
25 mai 2023

 Le duo d'artistes belges présente à la Gladstone Gallery une intrigante galerie de personnages qui tendent un miroir grotesque à l'apathie de la société. Jusqu'au 24 juin.


Jos de Gruyter et Harald Thys aiment combiner le banal et le grotesque. On se souviendra de Mondo Cane, qui marquait leur participation à la Biennale de Venise 2019. 22 poupées automates, blêmes et mutiques, répétaient inlassablement les mêmes mouvements. Un monde étrange où les artisans, rémouleurs pizzaïolos, côtoyaient d'autres personnages plus inquiétants, réels ou imaginaires.

Dans MACRO, le nouveau projet qu'ils présentent chez Gladstone, le duo s'inspire d'une émission de divertissement de la télévision flamande remontant aux années 1970. Le téléspectateur devait tenter de gagner l'objet qui apparaissait à l'écran, d'abord en très gros plan, presque abstrait pour devenir ensuite de plus en plus facilement reconnaissable à mesure que la caméra s'éloignait. Les deux artistes relèvent chez les gagnants de l'émission un mélange d'euphorie au moment du gain, suivie d'une inévitable déception, vu l'extrême banalité des objets à gagner : un cendrier, un cadenas, une corbeille, un mixer. " Ceci dit, ajoutent-il, l'irruption de ces objets triviaux dans des milliers de foyers à une heure de grande écoute leur conférait une valeur d'objet fétiche, presque doté d'une âme qui leur est propre."


Enfants de l'apathie

Les visiteurs de la Gladstone Gallery doivent lever la tête pour croiser le regard un peu fixe des personnages suspendus au mur tels des trophées. Pareil à des pantins déshabillés et inanimés, ils exhibent leur squelette de bois et de boulons, et une tête peinte à gros coups de pinceau d'une couleur vive et épaisse. Ils sont chacun affublés d'un nom qui renvoie à l'imaginaire et aux faits divers populaires, comme Jacobus Ras, Gräfin von in der Mauer, Jacobina Bienebol, la prisonnière de Thionville ou encore Alfried Krupp von Bohlen und Halbach, des personnages pour lesquels les artistes ont créé un passé de pirate, de protestante bigote ou de macho passionné de jeux vidéo, qu'ils s'amusent parfois à reprendre au fil de leurs créations.

Entre trophées de chasse et purgatoire, la présence grinçante de ces silhouettes qui attendent une hypothétique réanimation évoque l'univers des fêtes foraines, un monde du faux-semblant où on s'amuse à avoir peur. Peut-être est-il temps d'entonner Enfants de l'apathie, le jour de gloire est arrivé.

C'est la toute jeune Kin Gallery, hébergée dans le nouveau bâtiment en voiles de béton qui se dresse à côté de Bozar, qui accueille, pour quelques jours encore, le deuxième volet de l'exposition. Cette fois-ci, le regard n'est plus aspiré vers le haut mais vers le bas dans 10 terrariums peuplés d'une faune étrange. Des cafards, des rats ou des serpents mutants à tête humaine fabriqués à partir de jouets en plastique sont placés dans un écosystème fait de bric et de broc, comme les sujets d'une mystérieuse expérience sur les limites de l'évolution. Sont-ils prêts à prendre notre place ? Ce n'est pas sûr qu'ils feront mieux.

 

Jos de Gruyter & Harald Thys
MACRO
Gladstone Gallery
12 rue du Grand-Cerf
1000 Bruxelles
Jusqu'au 24 juin
Du mardi au vendredi  de 10h à 18h
Samedi de 12h à 18h
www.gladstonegallery.com

MICRO
Kin Brussels
37 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu'au 28 mai
Du mardi au samedi de 11 à 18h
www.kinbrussels.com

Gilles Bechet

Rédacteur en chef

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz et COLLECT