José María Sicilia a vu la lumière

Gilles Bechet
06 février 2020

A la galerie Meessen De Clercq, l’artiste espagnol présente une nouvelle série de compositions brodées qui suspendent la lumière en fragments et notations colorées.

Quel que soit le médium, la couleur et ses vibrations sont au centre de l'œuvre de José María Sicilia. Depuis quelques années, l’artiste espagnol aime remplacer le pinceau par l’aiguille et les couleurs par du fil de soie. Il en résulte des broderies abstraites aux couleurs franches et lumineuses. Pour sa dernière série, présentée chez Meessen De Clercq, il va chercher la couleur à son origine, dans la lumière.

Prenant à son compte les expériences sur la nature ondulatoire de la lumière menées par le physicien britannique Thomas Young au début du XIXe siècle, Sicilia a développé un logiciel qui lui permet de traduire les données chiffrées de l’analyse des faisceaux lumineux en compositions d’une apparente grande liberté.

En 2017, il avait intitulé une de ses expositions How to make visible the invisible, ce qui traduit à merveille son mantra poétique et artistique. Les œuvres de la série Light on Light sont composées de deux fins canevas de soie brodés, superposés et séparés l’un de l’autre de quelques centimètres. Les couleurs acquièrent de la sorte un vibrato visuel qui semble les dématérialiser. Et à mesure qu’il s’en approche, l'œil du spectateur adapte sa perception à la distance.

En mélangeant aplats et lignes, contemplation et mouvement, ses compositions ne cherchent pas de point d’accroche unique pour le regard. Les formes éparpillées sur la surface associent des vides et des pleins comme des résidus et papiers découpés et des matières qui varient de l’opaque au transparent en fonction de la densité des fils. De plus près, la matière révèle les trames répétitives produites par la machine. A l’entre-sol, on peut voir une série de petits formats que l’artiste a peints au Bangladesh en s’inspirant des couleurs des frises couvrant le bas des autobus. De forme carrée, ces compositions abstraites impliquent un jeu de triangles en perspective qui évoquent la vitesse. On peut aussi voir dans le point de fuite la traduction de l’aspiration spirituelle de l’homme, puisque chacune des œuvres porte le nom d’une divinité locale. Une aspiration spirituelle qui renvoie aussi à la série Light on Light, qui n’est pas sans évoquer les vitraux. Dieu n’a pas de matière, il est lumière, il est couleur.
 

José María Sicilia
Light on Light
Meessen De Clercq
2a rue de l’Abbaye
1000 Bruxelles
jusqu’au 29 février
Du mercredi au samedi de 11h à 18h

www.meessendeclercq.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.