Le Voyage intérieur de Josse Goffin

Vincent Baudoux
03 octobre 2019

Josse Goffin revient à la galerie Quadri avec Voyage intérieur, livraison de ses pastels récents, visibles jusqu’au 26 octobre.

Voyager peut signifier un tas de choses, que ce soit le tourisme de masse, qui vomit des cargaisons entières de consommateurs-pollueurs venus à Venise se désarticuler les sens et le cerveau par des moyens artificiels, ou tout autre chose : l’artiste qui déploie le monde recroquevillé dans une coquille de noix. Le mot intérieur est tout aussi ambigu, qui peut signifier le touillage dans ses névroses aussi bien qu’un trip mystique, alors que pour l’artiste, il s’agit de s’activer dans sa bulle, voyager en solitaire sur les océans de l’imagination en étant détaché du monde utilitaire.


Josse Goffin serait "sérieux comme un enfant qui joue", pour reprendre le mot de Picasso, concentré sur l’image qui naît sous ses doigts à partir de quelques grammes de poudres colorées nommées pastels. Ici, les bleus dominent, assurant déjà la cohésion visuelle de l’ensemble, ce qui indique la volonté de l’artiste de présenter un monde serein, car le bleu choisi - azur - se distingue des autres nuances de la même teinte (bleu roi, outremer, céruléen, turquoise, cyan, etc.) par son caractère léger, aérien, d’autant qu’il est mâtiné de blanc, comme les nuages dans le ciel du printemps. Ou le fameux bleu de Delft qui, au 17e siècle, a fasciné les contemporains par les pièces émaillées aux décors peints en bleu afin d’imiter au plus près les faïences chinoises dont le commerce était interrompu. Cette référence à la porcelaine n’est pas fortuite, puisque nombre des pièces exposées ici évoquent la céramique, larges bassins de femmes, récipients de tant de voluptés.


Josse Goffin les câline, comme le potier. Avec plaisir, avec émotion. Le blanc glacé de la feuille se féconde peu à peu des graines de pastels qui vont y germer en mises en scène. La pesanteur théâtrale des corps est affichée, jamais l’artiste ne peut se passer de la matérialité des choses qu’il imagine, pas plus que de la réalité des moyens picturaux qu’il utilise. Josse Goffin joue du contraste entre l’imagination colorée, légère, et les masses amarrées au sol. L’évanescence se construit de ces sillons, de ces rouleaux de vagues figées devenus rideaux de mise en scène, plis et strates qui se superposent en couches dans la seule fonction de ralentir le temps. Ralentir le temps… on est au cœur de l’œuvre. Josse Goffin ne dessine pas pour passer le temps, mais pour attraper de fugaces paréidolies (ndlr : voir des visages dans des objets) dans son filet à papillons, puis en faire des images, des statues en deux dimensions - ô combien légères et volatiles - qui défient désormais le temps qui passe.


Galerie Quadri
avenue Reine Marie-Henriette, 105
1190 Bruxelles
Jusqu’au 26 octobre
Vendredi et samedi de 14h à 18 h
www.galeriequadri.be

Vincent Baudoux

Journaliste

Retraité en 2011, mais pas trop. Quand le jeune étudiant passe la porte des Instituts Saint-Luc de Bruxelles en 1961, il ne se doute pas qu'il y restera jusqu'à la retraite. Entre-temps, il est chargé d’un cours de philosophie de l’art et devient responsable des cours préparatoires. Il est l’un des fondateurs de l'Ecole de Recherches graphiques (Erg) où il a dirigé la Communication visuelle. A été le correspondant bruxellois d’Angoulême, puis fondateur de 64_page, revue de récits graphiques. Commissaire d’expositions pour Seed Factory, et une des chevilles ouvrières du Press Cartoon Belgium.