Juste une mise au point

Muriel de Crayencour
03 mars 2014
Maria Sèthe, future épouse de Henry Van de Velde, est ici portraitisée par Théo Van Rysselberghe, en 1891. A cette époque où Bruxelles foisonne, notée comme deuxième puissance mondiale, s’y développe une théorie de la peinture qu’on nomme néo-impressionisme, chromo-luminarisme, divisionnisme ou encore pointillisme. Qu’importe le mot. L’idée est de rechercher la lumière et la couleur objectives, recomposées par l’oeil à partir de points de couleur pure juxtaposés. On peut dire qu’on voit ici naître les prémices de la pixellisation en même temps qu’un mouvement qui mènera la peinture à la modernité.

Vive et émotive, Maria fait face à une source de lumière. Tant son visage que les plis de sa robe mauve sont prétexte à rendre les matières lumineuses. Formée de milliers de petits points, la composition déploie une gamme de couleurs vives, puissantes, puisque le mauve répond à l’orange et au jaune du piano, dans l’arrière-fond. La technique pointilliste permet d’associer les différentes zones de couleurs, de les rassembler, puisqu’on retrouve des points orange dans le mauve et du mauve dans le jaune du piano. L’aspect vibrant de la technique se prête merveilleusement au sujet, cette jeune femme musicienne. La musique semble flotter autour d’elle, un rythme s’impose, délicat.

C’est avec un grande tendresse  et beaucoup de poésie que le peintre a saisi le visage de la jeune fille. On peut y lire une impatience, un frémissement, mais aussi, une certaine tristesse. Un portrait moderne comme celui-ci tente brillamment de rendre avec réalisme un visage, en même temps qu’il donne à voir une personnalité, les émotions qui habitent le modèle, la tension de sa posture. Au même moment, c’est l’ambiance d’un intérieur bourgeois d’une mélomane qui s’illustre, ainsi que l’audace coloriste de Van Rysselnerghe.... Le tout à coups de petits points.
To the Point
Le portrait néo-impressionniste, 1886 – 1904
Espace culturel ING
6 place royale
1000 Bruxelles
Jusqu’au 18 mai

http://www.bpost.be/site/fr/residential/stamps/philately/stamps/2013/items/08_2013.html

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.