Koen Wastijn, archiviste du réel

Muriel de Crayencour
18 février 2021

Koen Wastijn est souvent là où on ne l'attend pas, cheminant d'idées en idées sans se laisser attraper. Les animaux empaillés, les termitières d'Australie, les réseaux d'autoroute, ... tant d'objets qui l'ont intrigué et dont il a fait des sujets de recherches. Il expose pour le moment chez Zwart Huis au Rivoli une série qu'il nomme Pentagoneblues.

A l'heure où les jeunes ne passent plus leur permis de conduire et se désintéressent des voitures privées, Koen Wastijn (Bruxelles, 1963) a décidé de se pencher sur les voitures des années 1960 et plus spécifiquement celles qui se retrouvent photographiées dans un livre de la même époque, au titre péremptoire : Le Pentagone. Le centre nerveux des Etats-Unis. Faisant éclater les vieilles photos en noir et blanc, et la technique d'impression un peu vintage aujourd'hui, provoquant une sorte de pixellisation de l'image avant l'heure en l'agrandissant, Wastijn met en avant les voitures si reconnaissables de l'époque. Il utilise une peinture industrielle pour les rehausser de bleu. Le bleu du blues du Pentagone. Pour une autre série qu'on découvre en face de la grande image directement collée sur le mur, ce sont des images issues de publicités des années 1960 et 70 que Wastijn recouvre de peinture. Les voitures, toujours peintes en bleu, deviennent des blocs silencieux, sortes de monolithes d'une civilisation ancienne et oubliée ... ou les éléments d'un jeu de construction pour enfants. L'artiste nous dit vouloir "censurer le bruit de ses images toutes faites et toute présence humaine.

En plus d'arriver à des images à la fois ludiques et intrigantes par leur fausse simplicité, ce recouvrement d'une réalité déjà ancienne raconte les intuitions de l'artiste sur le monde d'après, sans pétrole. Tous ces énormes paquebots de fer, aux lignes élégantes, dormiront à jamais dans les garages de quelques collectionneurs, au même titre que les calèches du roi Soleil. Dans une interview qu'on peut trouver sur le site de la galerie, www.galeriezwarthuis.be, Koen Wastijn parle de son besoin essentiel d'art : "Pour moi, l'art est un besoin primordial. L'art est vital pour ma santé mentale. L'art aide à respirer la réalité dans sa totalité. Imaginez analyser les civilisations anciennes sans leur art ..." Ainsi, en peignant sur ces photos anciennes, l'artiste respire, s'équilibre, mais raconte aussi une époque, celle de sa naissance, et l'archive, au travers et par delà son travail d'artiste. C'est ce qui en fait sa force intrigante. C'est à voir jusqu'au 27 février.

Koen Wastijn
Pentagoneblues

Zwart Huis
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 27 février
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://galeriezwarthuis.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.