Koenraad Tinel hante les ruines de l'histoire à la Galerie Dys

Dounia Dolbec
09 février 2023

Jusqu’au 26 février, la galerie DYS accueille Traveller, une exposition personnelle du sculpteur et dessinateur belge Koenraad Tinel.

Les œuvres de Koenraad Tinel, né à Gand en 1934, se trouvent au carrefour de l’histoire intime et collective. On y lit les atrocités de la guerre, de l’exil, de la destruction. On y perçoit aussi l’expression d’émotions, de souvenirs et d’expériences personnelles. On y découvre enfin la rencontre et le dialogue de plusieurs cultures et une ode à une forme d’universalité pour dépasser l’horreur.

Formé en sculpture à La Cambre, Koenraad Tinel sculpte depuis plusieurs décennies des matériaux tels que le plâtre, le bronze, le jute et le fer pour créer des formes hybrides, presque cauchemardesques, voire parfois mortuaires. Des figures traversées par des drames, des créatures en souffrance qui luttent contre l’oubli de la violence. Ces œuvres semblent aussi constituer des totems ou des divinités, peut-être issues des civilisations inuits, des traditions aborigènes ou des cultures sibériennes dont les contes, mythes et légendes inspirent le travail de l’artiste. Ce dernier s’intéresse en effet aux origines de l’humanité et à ses histoires primitives, comme pour mettre en relation la création et la destruction, le commencement et l’écroulement.

Koenraad Tinel produit également des œuvres à l’encre de Chine sur papier, où l’on retrouve des images récurrentes. Ainsi, des roues, charriots, poulies, arbres et forêts, animaux tels que des chevaux, loups ou chiens, le soleil ou encore des yeux reviennent fréquemment dans les tableaux accrochés et semblent évoquer le travail, le temps, les déplacements, la nature… Les tons noir et blanc et le trait expressif rappellent des peintures préhistoriques et frappent par leur évidente nécessité de traduire et représenter à la fois le chaos et la beauté qui ressortent des œuvres.

Le travail de Koenraad Tinel est par ailleurs profondément marqué par son histoire familiale et son enfance pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec des parents collaborateurs du régime nazi, il est marqué par la dévastation de l’Europe et les ruines qu’il traverse en rejoignant l’Allemagne en 1944. La création artistique lui permet alors de témoigner de cette période sombre, à travers ses œuvres plastiques mais aussi par l’écriture d’un roman graphique intitulé Scheisseimer, dans lequel il revient sur le passé de ses parents. Ce travail a été adapté au théâtre, dont Koenraad Tinel connaît bien l’univers puisqu’il travaille régulièrement avec des artistes d’autres disciplines et notamment issus du spectacle vivant.


Traveller
Koenraad Tinel
Galerie DYS
rue de l'Arbre Bénit, 84
1050 Bruxelles
Jusqu’au 26 février
Du jeudi au vendredi de 11h à 18h
Samedi et dimanche de 14h à 18h

galeriedys.com

Dounia Dolbec

Journaliste

Après une formation en danse classique et contemporaine au conservatoire et des études à Sciences Po, elle s'installe à Bruxelles pour se consacrer à la danse et à la chorégraphie. Journaliste pour le site Mu in the city et le magazine Mouvement, elle s'empare de l'écriture pour partager son goût pour toutes les formes de création contemporaine et sa conviction que l'art a le pouvoir de changer la petite et la grande histoire.