Les plus anciens témoignages de notre histoire

Eric Valenne
30 septembre 2021

Les richesses de la culture aborigène d'Australie s’exposent à Bruxelles chez Aboriginal Signature en grandes peintures dans l’exposition Kuwari (the present) avec 25 œuvres réalisées par huit artistes Anangu du cœur du continent (7 femmes et un homme) issus de la communauté artistique de Mimili Maku (APY land).


Bertrand Estrangin, galeriste : « Le désert australien s‘exprime via son art aborigène, qui nous confronte à l’un des plus anciens témoignages de notre propre histoire. Ce qui est frappant avec la présence de peuples très anciens et isolés sur ce continent depuis 65 à 80 000 ans, c’est qu’ils ont perpétué leur culture de génération en génération. Et les œuvres qui étaient représentées jadis sur le sol ou les écorces perdurent aujourd’hui notamment sous la forme de peintures. Avec ces œuvres, nous sommes connectés aux sources de l’humanité et confrontés à l’un des plus anciens témoignages de notre propre histoire. Chez les aborigènes, on ne peut peindre un territoire que si on en est le gardien, autant physiquement que spirituellement. Et ce depuis toujours. Nous sommes dès lors face à des peintures réalisées par des artistes connectés à ces lieux depuis des milliers de générations ! Ce qui leur donne une résonance et une force incroyable. »

L’art aborigène est très vaste en termes de médias artistiques. Pour cette exposition, la technique est l’acrylique sur toile. Une matière qui permet d’exprimer couleurs et subtilités. Toutes les peintures exposées datent de 2018 à 2021. Elles sont donc récentes et certaines ont à peine quelques mois d’existence.

Bertrand Estrangin : « L’une des plus connues des artistes est Tuppy Goodwin. Née en 1952 dans le désert, elle est d’origine semi-nomade et son territoire Antara lui confère le droit de peindre ce lieu où elle est une autorité. On remarque dans sa toile une symbolique qui exprime ces lieux avec le souffle du vent et des esprits. Entre les points et les cercles concentriques reliés entre eux, les non-initiés que nous sommes n’ont accès qu’à une partie de cette histoire. A l’instar de toutes les œuvres exposées, la toile est une mémoire vivante traversée du regard, un lieu vénéré ancestral qui est cristallisé sur cette œuvre exprimée au présent. Tuppy Goodwin peint comme s’il s’agissait d’un rituel. »

Une toile de Robert Fielding, Ngurkantananma (Recognise), exprime la culture Anangu et la petite communauté de Mimili, qui abrite à peine 300 personnes. Installés depuis des millénaires en harmonie avec la nature, ses héritiers agissent en tant que gardiens de la terre. Certaines parties de la toile semblent voilées avec les lettres écrites en plusieurs langues cachées par endroits : entre passages partagés et exprimés à travers le voile se livre seulement une partie du message.

A propos de l’œuvre de Pauline Wangin, Kapi Tjukula (Water Hole), les reflets bleutés expriment le voyage de l’eau et sa richesse : une eau salvatrice puisée un jour par sa mère au cœur du désert et qui leur sauvèrent la vie.

La toile de Judy MartinNgayuku Mamaku Ngura (My Father's Country), exprime par cette carte le territoire de son père. L’œuvre exprime également l’inestimable valeur de l’eau et sa richesse depuis la nuit des temps.

A propos de l’œuvre de Marina Pumani BrownNgayuku Ngura Kuwari (My Home Now), l’artiste de la communauté Mimili exprime la longue lignée de connaissances culturelles dont elle est l’héritière et qu’elle veut perpétrer pour la prochaine génération. Ses peintures sont à la fois des cartes littérales du paysage et les symboles d’une géographie qui raconte un territoire mais en garde ses secrets. Hypnotique et fascinant.

 

Kuwari : the present
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles.
Jusqu'au 16 octobre
Du mardi au dimanche de 11h à 19h, sur rdvs
https://www.aboriginalsignature.com/

 

Eric Valenne

Journaliste

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