La Forest Divonne accueille la forêt de Décamp

Estelle Magalhàes
19 décembre 2021

La Forest Divonne rassemble jusqu’au 8 janvier les récentes créations de David Décamp. Le sculpteur français n’en est pas à son premier Pas de côté. Depuis ses débuts, l’artiste est non seulement stimulé par le monde qui l’entoure, mais aussi par son propre destin, qu’il nous raconte avec esprit et singularité.

C’est à Lyon que David Décamp réalise ses sculptures insolites. Un choix de carrière dû à un accident de travail le privant de son ancienne activité de bûcheron dans le Jura. Si la nature n’est plus aujourd’hui le décor de son quotidien, elle occupe une place prépondérante au sein de son œuvre. S’y glissent des éléments visuels symboliques que sont les tronçons de bois, les cornes, les branchages, tandis que le bois est l'une de ses matières incontournables. 

Le passé sylvestre de l’artiste est bien là. Une histoire qui permet d’en évoquer une autre, celle d’un futur funeste à craindre pour la nature. Le Bûcher est servi, œuvre centrale, nous invite en effet à assister à un rite inquiétant, dont le dernier geste consisterait à allumer la mèche pour embraser la tombe du cerf, emblème des forêts. Dans un ensemble de bas-reliefs minutieux, la nature est sacralisée à un plus haut degré : elle semble ne faire qu’un avec la figure du Christ qui se dérobe et dont le corps souffrant est assimilé par des branchages, qui ne sont plus en bois, mais en béton.

La mort se faufile partout dans l’œuvre de David Décamp. Ailleurs, une tête de mort est esquissée à partir d’os. Ces derniers, trouvés dans des marchés ou chez des bouchers, sont tous des traces de vies qui ne sont plus. Pourtant le sculpteur, à l’instar d’un certain Frankenstein, élabore un véritable travail de reconstitution, utilisant des os pour recréer des bras dans Main dans la main ou une jambe dans Coupe Franche. Il recompose ce qui a été perdu. On y voit sans conteste une dimension intime, voire cathartique, inhérente à l’œuvre et renforcée par certains titres à la première personne. Évacuation de mes os usées et Mes os en circuit fermé témoignent néanmoins d’un certain détachement au travers d’un humour qui repose sur des calembours et autres jeux de mots, qui met aussi à mal le sens figuré de certaines expressions figées.

De bûcheron à artiste, David Décamp est donc resté un amoureux de la nature qu’il dépeint avec un regard personnel et humoristique, tout en créant une œuvre à visée plus large, qui nous interpelle tous.

David Décamp
Un Pas de côté 
Galerie La Forest Divonne 
66 rue de l'Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles 
Jusqu'au 08 janvier 
Du mardi au samedi de 11h à 19h 
https://www.galerielaforestdivonne.com/

Estelle Magalhàes

Journaliste

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