La maison secrète de James H.D. Brown

Muriel de Crayencour
12 septembre 2019

I want to know, la nouvelle exposition de James H.D. Brown à la Galerie Faider, présente des peintures et dessins de trois périodes différentes : 1999 - 2009 - 2019. De décennie en décennie, l'artiste désire montrer comment son œuvre se déploie au fil de thématiques, palettes et formes récurrentes. Une célébration d'un artiste qui n'a jamais renoncé à la peinture.

Dans sa dernière monographie, James H.D. Brown raconte dans un texte court ce qu'il appelle My Other House. Ce lieu qu'il détaille, il l'a visité il y a 20 ans à Mexico. S'y trouve un escalier qui mène à une mezzanine privée et presque secrète. Deux jeunes garçons montaient dans cette mezzanine chaque jour et personne d'autre n'y était autorisé. Tout le monde respectait cette décision. Pour l'artiste, ce lieu secret, cette autre maison, représente la liberté et l'inaccessibilité, un endroit qui permet à certaines personnes de grandir et se développer d'une manière très personnelle. Ces personnes sont capables de flotter et observer le monde dans sa part la plus invisible. Dans ce lieu se trouvent l'expérimentation et la recherche. Une intense concentration. Les choses non encore accomplies... En déroulant ainsi ce qui s'apparente à un conte, James H.D. Brown raconte de manière poétique ce que c'est qu'être artiste. Etre artiste, c'est pour lui avoir cette capacité de voir autrement le monde, de plus haut. C'est aussi pouvoir accueillir les peintures non encore peintes, leur donner vie.

Né en 1951 à Los Angeles, Brown travaille entre la France et le Mexique. Présent à l'ouverture de son exposition à la Galerie Faider, il ne répond aux questions que par des ellipses. Chaque question est retournée comme une crêpe et fermée. Et finalement, de ce mutisme très contrôlé se dessine le portrait d'un artiste concentré sur sa peinture. Que faire des mots si la peinture est là ? Ils ne servent à rien.

Déambulons donc entre trois années de production, comme trois pas de géants sur un chemin long de trente ans. L'abstraction se fait parfois lyrique, avec ce grand format de 1999 aux formes pleines d'allégresse, vert frais, bleu intense; parfois géométrique, avec ces toiles structurées d'un quadrillage composé de rectangles (Variations #1, #2). Un blanc presque beige, du rose chair, du noir. Ces toiles sur châssis ovale, d'un jaune intense, juste marquées de quelques points, sont destinées à un pavillon de thé que James H.D. Brown a imaginé : 7 côtés, le sol de ce jaune-là. Dans le couloir, des dessins à l'aquarelle, réalisés à Patmos lors de l'éclipse solaire de 1999. 

En 2009, Brown cherche à documenter et archiver les couleurs qu'il utilise. Pour cela, il réalise des peintures sur lesquelles 18 rectangles reprennent chacun une teinte. Cette archive de la palette devient elle-même une œuvre. 

Si les œuvres de Brown sont sans mots, elles plongent pourtant le regardeur dans une profonde méditation. Au-delà des mots ou avant ceux-ci, dans cette Other House secrète, reposent des images calmes, secrètes et denses. L'artiste nous les a amenées. Comme une offrande. Elles sont profondes, subtiles, délicates. Il fait bon s'y baigner. 

Quelques œuvres de l'artiste sont à voir aussi à la galerie Pierre Hallet, jusqu'au 31 octobre.

James H.D. Brown
I want to know
Galerie Faider
12 rue Faider
1060 Bruxelles
Jusqu'au 16 novembre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.galeriefaider.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.