La splendeur retrouvée de Bernard van Orley

Gilles Bechet
26 mars 2019

Peintre majeur de la Renaissance bruxelloise, Bernard van Orley avait pratiquement disparu des radars. Une copieuse exposition à Bozar lui rend justice en revenant sur l’ensemble de sa carrière qui couvre peintures, tapisseries et vitraux.

La tête de Bernard van Orley avec sa coiffe Renaissance figurait sur les anciens billets de 500 francs belges. Un honneur réservé aux grandes figures nationales, même si, dans les années 1960 et suivantes, son aura s’était déjà largement estompée. Artiste reconnu et peintre officiel de la cour des Habsbourg, le Bruxellois, qui a été un des premiers hérauts de la jeune Belgique, était loué comme celui qui avait modernisé l’art primitif flamand grâce à sa supposée rencontre avec Raphaël. Aujourd’hui, c’est l'œuvre d’un quasi inconnu qui a droit à sa première rétrospective de grande ampleur dans la ville où il a travaillé toute sa vie. Les pièces prêtées par des grands musées et quelques collectionneurs permettent ainsi de retracer la carrière de van Orley, des premières commandes religieuses aux dessins pour les vitraux de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. La peinture religieuse avec laquelle il s’est fait connaître est pour nous largement hermétique par ses références et symboles. Ce qui, paradoxalement, nous laisse plus libres d’admirer la finesse de son exécution et d’appréhender les innovations picturales qu’il a apportées à l’art de son époque. En ce début du XVIe siècle, le peintre a eu dans les mains les cartons pour tapisseries envoyées par des peintres italiens à Bruxelles. Il aussi eu l’occasion de côtoyer Albrecht Dürer qui, au cours de son périple dans les Pays-Bas méridionaux, avait fait escale place Saint-Géry. Au fil des compositions, van Orley va traduire ces influences dans son travail de la perspective, le détail des architectures, le rendu des étoffes ou des émotions, dans un visage ou un mouvement, comme dans le spectaculaire polyptyque de Job et de Lazare.

 

Capitale mondiale de la tapisserie


La salle consacrée aux tapisseries est la plus surprenante. Les pièces exposées sont extraites de deux séries, la première consacrée à la bataille de Pavie, l’autre aux Chasses de Charles Quint. Hautes de 4,40 mètres, elles impressionnent par leurs dimensions. C’est peut-être en partie pour cela que l’artiste est passé de mode. Qui ou quel musée pourrait montrer la suite complète, qui comprend respectivement 12 et 7 pièces. Sous le règne des Habsbourg, Bruxelles était la capitale mondiale de la tapisserie, qu’on appelait alors les arts d’apparat et van Orley en a fait de véritables peintures tissées. Les dessins préparatoires au lavis de chacun des panneaux exposés en vis-à-vis des tapisseries rendent justice à la finesse de la plume de l'artiste, qu’on retrouve transposée en somptueux fils de laine et de soie. Riche en détails dans les décors et la dramaturgie, son écriture picturale a pris en compte l’impact visuel que la tapisserie tire de ses dimensions hors norme. L'œil n’en prend la juste mesure qu’en se partageant dans un aller et retour entre le détail et la vision d’ensemble.

 

 

Petite entreprise


L’exposition montre aussi une belle série de portraits assez classiques, dont l’officiel de Marguerite d’Autriche en habit de veuve ou celui du jeune Georges de Zelle, médecin de la Ville de Bruxelles, présenté avec les attributs de sa fonction. La dernière partie du parcours évoque toutes ces mains anonymes qui travaillaient dans la petite entreprise que constituait l’atelier de Bernard van Orley. Ils l’aidaient à finaliser ses commandes et, à l’occasion, le patron leur lâchait la bride comme on peut le voir sur certaines compositions. Le dernier regard est pour les quatre panneaux du polyptyque consacré à la légende de saint Michel et attribué à un assistant de van Orley, baptisé, faute de mieux, le maître de Saint-Michel. Le panneau qui dépeint la noyade de l’armée du Pharaon dans la mer Rouge est un extraordinaire moment en suspension, comme nimbé d’un silence lumineux qui semble provenir de l’écharpe dorée qui flotte, irréelle, entre le saint et l’armée inexorablement engloutie par une mer au calme trompeur.

 

 

Bernard Van Orley
Brussels and the Renaissance
Bozar

23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 26 mai
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusque 21h
www.bozar.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.