La terre vivante de Miquel Barceló

Gilles Bechet
12 septembre 2019

La galerie Almine Rech expose des céramiques, aquarelles et peintures de l’artiste espagnol Miquel Barceló. Une quête de la simplicité et de la fluidité des formes qui réécrit des pratiques ancestrales de transformation de la matière pour explorer de nouveaux territoires.

Il y a quelque chose d’organique dans les céramiques de Miquel Barceló. La rencontre des éléments fondamentaux qui donnent naissance au vivant. Ses poteries ventrues contiennent des formes souples qui rappellent le végétal. Comme des feuilles à la souplesse paresseuse qui font craquer la panse de ses jarres généreuses. Ses couleurs sont celles de la terre, des ocre rouges, du vert menthe, du beige. Les couleurs comme les formes semblent accablées et déformées par le poids du soleil, mais aussi marquées par les doigts et la paume du créateur qui travaille et malmène la terre encore mouillée. A l’inspiration végétale de sa poterie se mêle la tentation animale dans d’autres pièces. Là un thon est dressé comme une flamme bleue, la bouche ourlée d’un émail blanc qui coule sur son corps lisse. L’autre grand poisson semble excavé du fond des mers, sa matière corallienne et minérale dessinée par les couches du temps. Au mur, des aquarelles légères mettent en scène le thon tel un personnage de comédie absurde.

L’artiste espagnol a consacré la première partie de sa carrière à la peinture et aux aquarelles, dessinant des paysages au minimalisme néo-expressionniste et sauvage. C’est au cours d’un de ses nombreux voyages en Afrique à la fin des années 1980 qu’il découvre la céramique pratiquée par les femmes Dogon. La terre, le ciel, l’eau et les couleurs éblouies lui rappellent la vérité aride de son île natale de Majorque. Poinçonnées, badigeonnées, éventrées ou tranchées, la surface de ses céramiques racontent encore et toujours des paysages.

Le totem qui donne son nom à l’exposition se retrouve dans les empilements de formes où le minéral embrasse le végétal et dans les deux superbes pièces dont l’imagerie évoque les idoles de l’Amérique précolombienne. Les formes qui s’empilent, comme tronçonnées dans des conduits de brique industrielle, dessinent à la fois des colonnes doriques et des troncs de palmiers. Elles sont coiffées d’une tête de serpent à plumes ébauchée de coups rageurs dans la glaise humide. La scénographie dépouillée avec ses longues tables de bois usé contribue aussi à gommer les repères temporels autour d’un ensemble de pièces qui réinventent les formes, toujours en équilibre entre l’organique et le minéral, l’extension et le repli.

Miquel Barceló
Totem
Galerie Almine Rech
20 rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu'au 17 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.alminerech.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.