La traversée des apparences de Benoît Platéus

Gilles Bechet
15 février 2019

Première rétrospective de l’artiste belge Benoît Platéus au Wiels. Une œuvre qui n’est pas farouche à aborder mais qui se révèle foisonnante et complexe quand on veut retisser toutes ses ramifications formelles et sémantiques.

Benoît Platéus n’est pas de ces artistes qui creusent un sillon, explorent les variations d’un univers pictural ou formel immédiatement reconnaissable. Non, il ne s’accroche pas à un médium. Il pratique la photo, le dessin, la peinture, la sculpture, le cinéma, guidé par l’intuition et les envies du moment. Ça n’en fait pas pour autant un dilettante. Sa première rétrospective au Wiels est copieuse. Chaque pièce est juste et pourrait se suffire à elle-même. Les œuvres ne sont pas présentées chronologiquement, ce qui permet de déceler des échos entre des travaux réalisés à des époques différentes.

Sens de l’image


Une des clés pour appréhender le travail protéiforme, c’est le dessin. Benoît Platéus a dirigé ses premières velléités artistiques vers la bande dessinée, dont il s’est vite détaché. Il en a gardé une pratique régulière du dessin, pas nécessairement comme un médium d’expression - il est peu présent dans cette exposition -, mais plutôt pour faire passer un courant continu entre le regard et la main. S’il fallait chercher un premier dénominateur commun dans toutes les œuvres présentes, ce serait sans doute un sens de l’image. Il y en a d’autres encore qui se révèlent au fil des rapprochements. La série de photos qui occupe, en une ligne régulière, une des salles est une des plus anciennes. En réfléchissant à leur disposition pour l’exposition, l’artiste a relevé qu’on y retrouvait en germe des thèmes qu’il allait développer par la suite. Ce sont des photos sans personnage. Un ciel chargé, une porte étrangement éclairée pour un tournage de cinéma ou un amas de chaises rouges en rue. Des cadrages qui racontent des choses sans en donner la clé. Comme dans le rêve. Le rêve, avec ses juxtapositions inattendues dans un contexte qui peut être très banal est un des champs en friche de l’artiste. Parmi les pièces les plus récentes des collages réalisés à San Francisco, des fragments d’affiche publicitaires déchirés se chevauchent comme s’il mettait à jour des couches de sens superposées. C’est ce qu’il fait aussi dans une série de peintures réalisées au dos d’affiches de cinéma repeintes et collées sur une toile. L’image de départ est devenue illisible, alors que pourtant elle structure le jeu de formes pastel qui occupent le cadre. Benoît Platéus est un passionné de cinéma, il avoue préférer lire des livres sur le cinéma que sur l’art. Dans sa série Ghostburns, il repeint avec la lumière, parfois jusqu’à l’abstraction, des images extraites de livres ou de magazines de cinéma. C’est un retour à l’envoyeur, en quelque sorte.

Transmutation


One Inch Off, le titre de l’exposition, est celui d’un fanzine qu’il a autoédité dans les années 1990 et où il se permettait toutes les transformations d’images qu’il a menées par la suite. Un autre axe de son travail est celui de la transformation, transmutation des images, qu’elles soient extraites d’albums de bande dessinée, de livres, de magazine ou de folders publicitaires. Benoît Platéus sait aussi se faire portraitiste, de gens qu’il ne connaît pas, des scientifiques dont il a emprunté le visage sur la toile pour en faire d’amusantes suspensions lumineuses percées d’ampoules électriques. Lors d’un séjour à New York, il a réalisé des empreintes au crayon sur des poteaux de bois où étaient agrafés des petits avis pour des services en tous genres. De retour dans son atelier, il a agrandi ces empreintes et il en a fait des dessins au pastel auxquels il a donné comme titre les prénoms de ses proches. Des portraits au-delà des apparences.

One inch off
Benoît Platéus
Wiels

354 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 28 avril
Du mardi au dimanche de 11 à 18h
www.wiels.org
 

 

 

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.