La vie est une danse, par Olivier Kaeppelin

Marie-Laure Desjardins
16 octobre 2019

S’il est difficile de changer le monde, il est toujours possible d’en inventer un nouveau. Ainsi pense Olivier Kaeppelin. Cet inlassable curieux des arts et des lettres est essentiellement un homme de conviction. Ainsi le prouve sa trajectoire professionnelle. Que ce soit au ministère comme délégué aux arts plastiques, à France Culture comme directeur adjoint ou à la tête de la Fondation Maeght, il n’a eu de cesse de défendre la création contemporaine tout en vouant une admiration sans réserve à certaines œuvres du passé. Pour lui, la beauté n’est pas tant une histoire de formes statiques ou d’époque que de liens, d’expérience et de surprise. Non seulement l’œuvre d’art modifie l’espace qu’elle habite mais peut aussi révolutionner la pensée de chacun. Quant à l’artiste, c’est lui qui fait l’histoire de l’art et non l’inverse. A la fois grave et amusé, Olivier Kaeppelin se figure tout en mots. « Je ne suis pas un critique. Avant tout un écrivain, qui a enseigné la littérature et l’art, même si j’ai souvent été appelé à occuper d’autres fonctions. » D’expositions en conférences, il cultive son goût pour le partage et le dialogue. Du titre de curateur, il se méfie car trop souvent employé pour s’ériger en créateur. Seule compte la capacité à réunir les conditions d’expression et de réception de l’œuvre. S’il n’est pas animiste, l’esthète croit en la présence et en l’énergie de cette dernière. « Tout à coup, une peinture, une installation, entre en résonance avec celui qui la regarde et transforme sa manière de voir, de comprendre. Cette création de sens, en marge de la science, de la littérature, à travers des formes, des rythmes, des tensions, fait que le monde redevient vivant. Quand l’artiste réussit, on assiste au retour perpétuel du vivant », affirmait-il à ArtsHebdoMédias en 2014. Autre temps, autres confidences. Voici le Jeu des mots d’Olivier Kaeppelin.

Enfance

« Elle est essentielle. Même si Freud avait raison en partie et dans d’autres domaines, je préfère écarter pour l’heure son système d’interprétation des pulsions et des désirs pour associer au mot “enfance”, ceux d’innocence, de générosité, de surprise et de curiosité. Ces valeurs existentielles sont très importantes pour moi. L’innocence est une vertu et l’état d’innocence, une manière d’être qu’il faut absolument conserver. Je n’ai jamais de goût pour les gens qui exercent un rapport de sachant au monde, qui pensent que langage et savoir cumulés leur permettent de tout connaître. Ils ne s’interrogent jamais sur ce qu’ils ont devant les yeux, sont incapables de douter de ce qu’ils voient. Chassez l’innocence et très vite vous pouvez être happé par tout ce que propose la société, depuis le calcul jusqu’au cynisme. L’innocence permet d’être abouché au monde. C’est à ce point qu’intervient la générosité, car toute compréhension est un trésor à partager. Ce serait terrible que chacun garde pour lui ses connaissances, ses principes, ses repères… et que tous, nous nous affrontions comme les pièces d’un jeu d’échecs ou de go. L’innocence doit absolument être liée à la générosité, car il faut être capable d’accepter l’apport de l’autre, d’admettre que certaines choses que l’on croyait siennes lui appartiennent aussi et d’avoir envie de cet échange. Quand j’ai commencé à mieux comprendre la vie, je me souviens d'avoir été très déçu de découvrir que la plupart des personnes, en devenant adultes, perdent à la fois cette ouverture à la surprise et cette faculté de curiosité. Quand ma fille était enfant, j’étais fasciné par tous ses moments de questionnement et de découverte. La curiosité considère la surprise avec bonheur, car elle a le pouvoir de tenir en éveil. Je regrette souvent que le monde l’ait tellement perdue. »
 

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article  sur www.artshebdomedias.com

Marie-Laure Desjardins