Les hybridations de Labiomista à Genk

Gilles Bechet
26 août 2019

Installé sur l’ancien site minier du Zwartberg à Genk, le projet de Koen Vanmechelen joue avec le concept du parc de promenade pour en faire un lieu de réflexion sur la place de l’humain dans son environnement naturel.

Il est sans doute plus simple d’expliquer ce que n’est pas Labiomista que de définir le grand projet évolutif de Koen Vanmechelen. On y trouve des enclos avec des lamas, des émeus, des dromadaires et des poules, mais ce n’est pas un zoo. On y voit des oeuvres de l’artiste, mais ce n’est pas un musée. On y trouve un parcours promenade avec zones d’intérêt, des grandes constructions mais aucune des installations spectaculaires ou haltes restaurant qui font les parcs d’attraction.

Croisement et diversité

Le projet est soutenu par la ville de Genk qui y voit l’occasion de réhabiliter le dernier de ses sites miniers désaffectés. Après Winterslag devenu C-Mine, Waterchei devenu Thorpark, voila que Zwartberg s’est désormais métamorphosé en Labiomista. Artiste conceptuel pluridisciplinaire, Koen Vanmechelen a plusieurs plumes à son chapeau en particulier celles des poules. Connu pour sa fascination pour le gallinacé dans lequel il voit le premier migrant du monde, l’artiste lui a consacré son Cosmopolitan Chicken Project, toujours en cours. Réalisé en collaboration avec des scientifiques, il vise à améliorer le patrimoine génétique de la poule par des croisements de races d’origines géographiques très différentes. Croisement et diversité sont au cœur de Labiomista, qui accueille le visiteur par un des deux bâtiments signés par l’architecte suisse Mario Botta. Sur le toit de cette arche effilée couverte de briques noires comme du charbon, on peut voir, tel un guetteur, un être hybride à tête d'œuf, l’épaule traversée d’une corne de cervidé. Hybridation encore avec la sculpture d’une créature mi-singe, mi-hibou qui aurait pu sortir d’un tableau de Bruegel ou de Bosch.

Capter les rêves du monde

Dans la Villa Opundi, ancienne bâtisse de style éclectique, du directeur de la mine et de celui du zoo qui lui a succédé, l’artiste raconte l’histoire du site, au passé, au présent et au futur. On peut y voir des sculptures et installations, des oiseaux naturalisées et des documents à consulter qui rassemblent les sources d’inspiration et les projets du plasticien où se rencontrent l’art, la science et la nature. The Battery est le deuxième bâtiment de Botta, il abrite le studio de l’artiste. Le public n’y a pas accès, ce privilège réservé aux collectionneurs. Les visiteurs empruntent un passage sous le bâtiment où des vitrines exposent des œuvres de Koen Vanmechelen fonctionnant comme des rébus ou des interrogations sur les dualités qui définissent l’homme et la nature. Collé à l’édifice, il y a une grande volière en verre où des oiseaux frugivores et granivores de tous les continents s’ébattent dans une oasis de verdure luxuriante. Un chemin de béton serpente à travers le site pour guider les visiteurs sur ses 24 hectares. Première halte, le CosmoGolem, une spectaculaire sculpture de marbre et d’acier, haute de 9,5 m qui représente une tête aux traits abrupts dont le corps serait le site tout entier. D’Inde au Nicaragua, de Tanzanie à la Belgique, Vanmechelen a érigé, avec l’aide d’enfants, d’autres CosmoGolems, cerveaux ouverts pour capter les rêves du monde et veiller sur les communautés. D’habitude réalisé en bois et en matériaux recyclés, c’est la première fois que la sculpture se dresse en dur.

En constante évolution

Les méandres du sentier bétonné longent aussi les open farms, ces zones franches pour animaux où se côtoient dromadaires, poules, autruches et alpagas. La cohabitation des animaux est pour l’artiste une des expressions de la fusion des êtres, des idées et des opinions qui nourrissent l’art. Passagers de cette arche limbourgoise, ils sont soignés et nourris par les équipes du parc, les visiteurs se contentent de les regarder se croiser. Le puzzle végétal et artistique de Labiomista intègre aussi le beau bâtiment des architectes Van Belle & Medina, qui abrite le Labovo, laboratoire d’activités pour le public et les écoles. Il y a également les Protected paradises, zones en friche où la nature a repris ses droits. Finalement, ce que nous demande Koen Vanmechelen n’est il pas de changer la focale de notre regard sur la nature et le vivant ? Labiomista est un projet en constante évolution. Ce qui a commencé comme un projet artistique est devenu, en partie, un projet touristique intégrant les communautés locales. L’art comme moteur d’une nouvelle hybridation sociétale.

Labiomista
60 Marcel Habetslaan
3600 Genk
Du mardi au dimanche de 10h à 17h
www.labiomista.be

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

Articles de la même catégorie