Labyrinthes mentaux chez l'Enfant Sauvage

Oriane Thomasson
01 octobre 2021

L’Enfant Sauvage est un lieu d’exposition autofinancé récemment implanté à Bruxelles. Dans cet espace, les séries de photographes émergents cohabitent quelques semaines, se contaminant entre elles. La jeune photographie belge a trouvé un lieu qui lui convienne, protéiforme et multiple, sorte de "mille-pattes culturel".

Deux murs assez proches l’un de l’autre encadrent le spectateur comme un couloir, l’invitant à s’introduire dans une des deux séries qui se font face. Là est l’entrée du labyrinthe. Le spectateur sent immédiatement un regard se poser sur lui, celui d’une jeune femme, muse de la photographe Dinaya Waeyaert. Dans ces yeux qui nous ouvrent de l’intérieur, le monde de la photographe bruxelloise se révèle, comme une obsession, et ce monde, c’est une femme. La répétition du même modèle confirme ce procédé qui en cherche les motifs, à travers de subtiles variations, reprenant le thème classique de la muse. La recherche d’un être dont on est proche passe parfois par cette récurrence du même, tentant de saisir une unité par-delà les différents états d’une même personne. C’est bien cette quête intime qui semble habiter Dinaya Waeyaert dans la série Come closer où elle invite le spectateur à contempler avec ses yeux l’objet de son amour.

Le regard s’introduit ensuite par une sorte de tunnel, dans la série If i call stones blue it is because blue is the precise word de Joselito Verschaeve, artiste gantois, qui explore les thèmes de la dystopie, et de l’invention d’univers. On ressort de ce tunnel pour retrouver un monde qui semble le nôtre, tout en étant différent. Là commence le conte qui, alliant réalisme et magie, nous fait apparaître le réel à la fois familier et étrange. Un portrait d’une femme en train de dormir souligne cette dimension onirique. Sommes-nous dans son rêve ? Les photographies de Joselito Verschaeve esquissent la trame d’une fiction dont certains fils manquent au spectateur, qui doit lui-même joindre par son imagination ce tissu de réel disjoint. Il erre dans ce labyrinthe de rêves, avant de descendre dans les profondeurs du souvenir, avec le travail de Renée Lorie, installé au sous-sol.

On descend vers les photographies de Renée Lorie, comme on descendrait en soi-même, dans les abysses de la mémoire. Une sorte d’enquête se met en place. Des décors et des figures apparaissent, puis s’évanouissent... Mais où ont-elles disparues, et ont-elles vraiment disparues ? Les traces laissées par leurs présences esquissent les contrastes du travail à la chambre de la photographe, qui travaille de cette façon le visible et l’invisible, l’enfoui et la résurgence. Dans l’intervalle des images, le mystère se construit par soustraction. Ainsi certains fragments de souvenirs restent-ils cachés, même à celui ou celle à qui ils appartiennent. Là semble résider toute la poésie du travail de la photographe bruxelloise et dont le titre traduit l’incertitude, Skipper, can i cross the river ?

 

Renée Lorie
Dinaya Waeyaert 
Joselito Verschaeve
L’Enfant Sauvage
23 rue de l’Enseignement
1000 Bruxelles
Jusqu'au 30 octobre  
Jeudi au Samedi de 13h à 19h
www.enfantsauvagebxl.com

Oriane Thomasson

Journaliste

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