L'Association du Patrimoine artistique fête ses 40 ans

Dominique Vautier
18 septembre 2019

Difficile d’imaginer Bruxelles avant et juste après son bombardement par les Français en 1695 ! C’est pourtant ce que l’Association du Patrimoine artistique a entrepris d’évoquer. À l’occasion de l’anniversaire de ses 40 ans d’existence, cette asbl bruxelloise revient à ses premiers sujets de recherches en se penchant sur un aspect spécifique de la ville : ses églises, ses chapelles, ses couvents disparus. Déjà en 1979, l’association réunissait à l’église Notre-Dame de la Chapelle, les trésors de nos églises bruxelloises et publiait à cette occasion son premier ouvrage, lequel sera suivi d’une quarantaine de publications, consacrées principalement au patrimoine méconnu de la capitale et orientées par une conviction : celle qu’une meilleure connaissance des œuvres d’art entraîne forcément leur bonne conservation.

La thématique de la présente exposition est de faire découvrir non seulement les édifices religieux bruxellois disparus, mais aussi de révéler les richesses qu’ils abritaient et de démontrer qu’ils étaient en somme les ancêtres de nos musées d’aujourd’hui, entrant ainsi en lien avec la thématique des Journées du Patrimoine 2019 : un lieu pour l’art, disons plutôt des lieux pour l’art.

Il existait autrefois à Bruxelles une soixante de bâtiments religieux, non seulement les églises, chapelles ou couvents mais aussi des fondations, des hospices et hôpitaux, bref toute une série de communautés établies en ville et s’étendant parfois sur des surfaces considérables. Nombre d’entre eux étaient ornés d’œuvres d’art : des tableaux de Rubens, de Gaspar de Crayer, de Théodore Van Loon ou encore des paysagistes bruxellois, mais aussi du mobilier baroque, de la statuaire médiévale, des vitraux et des monuments funéraires… Bruxelles était d’une richesse prodigieuse. Mais comment la ressusciter aujourd’hui ? L’association du Patrimoine artistique a entrepris de la révéler alors qu’il en reste si peu de traces ! L’allure de nos rues a bien changé et si l’on conserve encore la superbe église du Béguinage ou l’église des Minimes, que reste-t-il du couvent de Jéricho, situé autrefois place Sainte-Catherine, du couvent des Carmes thérésiennes sur l’actuelle rue de Namur ou encore du couvent des Petits Carmes qui s’élevait rue aux Laines ? Comme il était impossible d’évoquer la soixantaine d’institutions faute de place, c’est à quatorze édifices que l’exposition se consacre et c’est grâce à un précieux ensemble de gravures originales des 17e et 18e siècles, aimablement prêté par le C.I.D.E.P., qu’il est possible de découvrir non seulement l’architecture de ces édifices mais aussi leur environnement. 
 
Les plus anciennes et les plus rares de ces gravures ont été rassemblées par un chanoine, Antonius Sanderus (Anvers 1586 – Afflighem 1664), théologien, historien et poète écrivant en latin, qui est l’auteur de cette très originale contribution intitulée Chorographia sacra Brabantia, entendez la description savante d’une zone géographique déterminée, en l’occurrence les Pays-Bas espagnols. En observant dans le détail ces gravures, on prend conscience à la fois de l’étendue de ces propriétés ecclésiastiques, mais aussi du soin apporté à leurs jardins potagers ou d’agréments, et de surcroît on les resitue dans la ville actuelle qui en a, pour la plupart, perdu la trace. Il faut se souvenir que le régime autrichien, désireux de rendre à la ville les surfaces considérables occupées par les congrégations religieuses, décida à la fin du 18e de les fermer et de les vider de leurs œuvres d’art et mobilier : ventes, dispersions, destructions. Un lamentable programme, suivi de la démolition des édifices, poursuivi par le régime français, qui lui annexa 165 tableaux partis enrichir leurs musées avant de finalement nous en restituer certains. 


Une histoire mouvementée, parfois complexe, avec beaucoup de disparitions, qui mérite d’être contée mais qui n’est pas si simple à évoquer sans déplacer de grands retables aujourd’hui au Kunsthistorisches Museum de Vienne, ou au Louvre, ou encore aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est à cette gageure que l’association s’est attelée, alors profitons de cette promenade au milieu des gravures et photographies pour parcourir les rues de la ville à la recherche des trésors du passé : en somme, une immersion dans le temps, inattendue, colorée et éclairée. 

Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles 
Jusqu'au samedi 26 octobre 
Du jeudi au samedi de 14h à 18h 
http://www.associationdupatrimoineartistique.be/actualites

 

Dominique Vautier