Le cabinet des merveilles de Camiel Van Breedam

Gilles Bechet
25 mars 2021

La Galerie Laurentin propose une sélection des boîtes et assemblages de Camiel Van Breedam. Boîtes surprises et boîtes à trésors qui métamorphosent des fragments de rien en un poétique rébus.

Qu'est-ce que la création sinon la rencontre de deux ou plusieurs idées inconnues sur les quais de la gare de l'esprit. Camiel Van Breedam a pratiqué les assemblages et les collages tout au long de sa longue carrière artistique. La galerie Laurentin expose une merveilleuse sélection d'objets créés entre 1965 et 2020. Camiel Van Breedam assemble des matériaux usés, mis au rebut, dans des compostions poétiques qui ne dédaignent pas quelques discrètes touches d'humour. On a tout de suite l'impression que ces planches de bois écaillées, clous rouillés, châssis de fenêtres usés par le temps, ou veilles partitions musicales ont forcément beaucoup à nous dire puisqu'ils ont vécu. Encadrés, mis en boîte, ils portent en eux l'usure qui donne l'épaisseur, les cicatrices de l'usage qui les rend si familiers et si personnels. L'artiste aime raconter que c'est à six ans qu'il a réalisé ses premiers assemblages. Traînant dans l'atelier de son père, plombier-zingueur, le jeune Camiel récupérait les chutes des découpes dans les feuilles de plomb pour se créer des compagnons de jeu. Partager cette anecdote est une manière pour lui de souligner la dimension ludique de son œuvre. Tromboniste dans une formation de jazz New Orleans, il aime aussi improviser avec la mélodie des couleurs et le rythme des formes.


La matière prend vie

Son atelier est une vraie caverne d'Ali Baba. Il ne jette rien, car il sait que cela servira un jour. Les rebuts les plus insignifiants ont pour lui autant de valeur qu'un rang de perles. Ses compositions sont souvent minimales. Quelques éléments assemblés avec justesse, un morceau de planche colorée, un fragment de farde, une feuille de plomb chiffonnée, un bouton de bois ou le dessin d'un fil métallique. Et c'est souvent quand on s'approche que la composition colorée devient matière et prend vie. Si les détails se comptent sur les doigts d'une main, ils ont tous leur importance. Ainsi dans danger, on ne remarque pas tout de suite le petit triangle rouge, dissimulé dans un plissé de carton, pour évoquer le drapeau de baignade interdite. S'il préfère souvent rester vague sur l'inspiration et le sens de ses compositions, le titre peut parfois nous mettre sur la voie. Ainsi La serrure de la porte d'Edith De Vries est un bel hommage à une amie artiste qui a a perdu la vie en tombant d'une échelle. A côté de ses assemblages et mises en boîte, Camiel Van Breedam nous en montre d'autres qui prennent la forme de tours fragiles où l'on peut voir les fantômes de l'avant-garde constructiviste des années 1920. Monuments de l'inutile, ils sont créés d'un assemblage minutieux de petites baguettes de bois récupérées avec lesquels il offre aussi d'imaginaires maisons à Soutine, peintre pour lequel il voue, comme à Paul Klee, une grande admiration.

Si Camille Van Breedam a réalisé ses premières sculptures et collages en 1956, et décroché l'année suivante la troisième place au prix de la Jeune Peinture belge, il n'a jamais arrêté de créer. Son œuvre reste paradoxalement peu connue, surtout dans la partie francophone du pays. Cette exposition ainsi que celles qui se terminent au Felixart Museum et à la Bibliotheca Wittockiana sont l'occasion de remettre à l'honneur un artiste trop discret qui a mené en grande liberté un parcours aussi diversifié que cohérent.

Camiel van Breedam
De 1985 à 2020
Galerie Laurentin
43 rue Ernest Allard 
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 avril
Du mardi au samedi de 10h30 à 13h et de 14h à 18h30
www.galerie-laurentin.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.