Le CIVA détricote l'idée de l'exposition

Oriane Thomasson
13 octobre 2021

Au CIVA, Institution Building présente et questionne les différentes composantes d’un musée : quand sciences et arts tissent le maillage d’une réflexion transversale ; détricotage d’une exposition évolutive complexe, aux enjeux multiples.

Hospitalité, Format, Collection, Audience, Agence(ment), Pédagogie, Emancipation, Préservation, Idiome, sont les dix concepts forts qui viennent mettre en perspective la notion d’institution, telle que la problématise l’exposition Institution Building, au CIVA.

Organisme en perpétuelle mutation, cette exposition séquentielle se déploie dans le temps et dans l’espace. Plus de 150 acteurs sont convoqués, qu’ils soient artistes, auteurs, architectes, urbanistes ou activistes, afin de permettre au spectateur de se questionner face à une entité qu’il côtoie sans forcément la saisir, l’institution. Chaque semaine, des œuvres, mais aussi des recherches, et des travaux de toutes natures sont associés pour aborder un nouveau concept. Les nouvelles pièces viennent s’ajouter, déborder, prolonger, celles déjà présentes dans l’espace. La scénographie est évolutive, l’exposition toujours en train de se faire. C’est donc bien un process, auquel le spectateur assiste, et le lieu qu’il visite un jour, ne sera plus le même quelques semaines plus tard. Institution Building est le questionnement réflexif, d’une institution qui se retourne sur elle-même, afin de mieux saisir les enjeux fondamentaux de notre époque.

Tout a commencé le vendredi 27 août, par quelques lignes colorées tracées au sol. Le chapitre 0, Hospitaly, est inauguré par ce quadrillage, recouvrant l’entièreté du sol de la salle d’exposition, et qui permet aux architectes Jan de Vylder et Inge Vinck d’instaurer par leur scénographie une structure d’accueil aux futures connexions à venir.

Format aborde ensuite ce qui est caché au spectateur, et agit souterrainement. Les inventaires, grilles et organigrammes sont autant d’outils pour les institutions, longtemps restés invisibles aux yeux des spectateurs, qui sont aujourd’hui interrogés par l’art contemporain. Le spectateur peut ainsi voir au CIVA, une œuvre du peintre allemand Thomas Baryle, dont les sources de réflexions politiques et esthétiques sont le maillage du textile, la trame, l’entrelacs, entrer en résonnances avec les travaux de Paul Otlet, qui avait en son temps eu l’intuition d’internet. En résulte une approche transversale sur le rôle du réseau et de la connexion, pensée aussi bien à l’aune des sciences humaines, que de l’art.

Le second concept est celui de la collection. A l’heure où les constitutions de collections sont remises en question, les institutions s’interrogent sur leur légitimité à posséder des artefacts qui viennent parfois des quatre coins du monde. A qui appartiennent les œuvres, et comment sont-elles nées ? Faire parler les archives permet de repenser ces thématiques. Aussi, beaucoup d’artistes travaillent ces ressources. C’est le cas de Jill Magid, qui interroge les implications de la récupération du travail d’un artiste, l’architecte mexicain Luis Barragan, par une entreprise suisse qui s’en réserve la diffusion. Son travail, composé de textes, de performances, et d’objets, tentent de donner à voir le travail de Luis Barragan, tout en respectant le cadre de la légalité. Des ready-made photographiques ont été créés spécialement pour l’exposition, à partir de livres que possède le CIVA.

Audience a pour objet le public. Comment celui-ci est-il construit par l’institution qui le pense, et l’architecture qui le contient et le conditionne ? Le besoin d’impliquer le public est devenu un enjeu majeur, en atteste la multiplication des maisons de cultures. Pour répondre à ce besoin de participation, Tamaya Sapey-Triomphe propose au CIVA un musée de proximité. Les habitants de Saint-Gilles et d'Ixelles sont invités à en constituer la collection, et participent de fait, à l’élaboration de l’exposition. Musée cherche œuvres est une initiative qui permet à n’importe qui, de déposer au C.I.V.A ce qu’il considère comme une œuvre. Le spectateur peut apercevoir par un œilleton depuis la rue chaque nouvelle pièce déposée. Elle ira ensuite rejoindre la collection permanente dans l’exposition qui augmente ainsi progressivement. Si vous habitez Ixelles ou Saint-Gilles et que vous souhaitez voir votre œuvre exposée, faites vite, il n’y a que 45 places...

Il y a beaucoup à voir, et surtout à penser dans cette structure évolutive que propose le C.I.V.A. Certaines œuvres ont été conçues spécialement pour l’occasion, enracinant une réflexion sur mesure avec le lieu et son public. Une série de performances, ainsi que des podcasts augmentent chaque séquence. Libre au spectateur de tisser sa propre trame dans cette exposition foisonnante aux multiples lectures.
 

Institution Building 
CIVA
Rue de l’Ermitage 55
1050 Bruxelles
Jusqu'au 7 novembre  
Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h 
Gratuit. Réservation obligatoire 
www.civa.brussels/fr

 

Oriane Thomasson

Journaliste

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