Le futur est notre seul objectif

Muriel de Crayencour
07 février 2019

Dans la grande nef de la Patinoire Royale, la troisième exposition du couple d'artistes Martine Feipel et Jean Bechameil bat son plein. Automatic Revolution est une réinterprétation du mouvement moderniste, fusionnant avec la frange la plus actuelle de la cinétique. L'expo nous parle aussi du langage révolutionnaire du XXe siècle. Une réussite très théâtrale.

Dès l'entrée, du plafond, pend un étendard tendu sur une fourche : Révolution je t'aime. D'autres étendards de tissu : Le futur est notre seul objectif... reprennent des phrases issus de Mai 68 ou d'autres événements révolutionnaires internationaux. Au centre, une immense sculpture cinétique se met en marche. Cercles, parois et rectangles de différentes tailles tournent lentement sur eux-mêmes, créant à chaque instant une nouvelle vue, une nouvelle composition cubiste. D'autres bas-reliefs modernistes en plâtre blanc mat et poudreux, parfois rehaussés d'une teinte attentivement sélectionnée : jaune pâle, bleu outremer, vert amande... dont un élément bouge. Soudain, un grand rideau gris s'ouvre, comme pour marquer le début d'une pièce de théâtre. Derrière, d'autres œuvres. Plus loin, un immense porte-voix. Sur l'estrade de la grande nef trône un énorme caisson rempli de circuits électroniques. En sort un épais bouquet de fils électriques. C'est de cette monstrueuse installation que partent tous les ordres donnés aux différentes œuvres exposées de bouger, tourner. Martine Feipel et Jean Bechameil se sont emparés des outils de la robotique industrielle pour les détourner de leur utilisation productive et les mettre en jeu dans leurs installations. Ils se procurent des circuits électroniques seconde main, les installent en réseaux pour mettre leurs œuvres en mouvement ou en son. Fascinant.

Si chaque pièce a sa vie propre, l'ensemble de l'exposition est à vivre comme une immense installation rendant hommage au modernisme et au cubisme des années 1920. Ainsi qu'un hommage à la cinétique, qui, comme l'exposition 100 Years of Kinetic Art à Rotterdam le démontrait, a de beaux jours devant elle. Martine Feipel (Luxembourg, 1975) et Jean Bechameil (Paris, 1964) travaillent ensemble depuis 2008. Dans leur atelier de Bruxelles, les pratiques classiques, comme le travail de la forme et des matières, s'allient avec la technologie la plus avancée, détournée avec brio et beaucoup de malice de ses usages industriels habituels. L'ensemble est réjouissant, surprenant et esthétique à la fois. Mu aime!

 

Martine Feipel et Jean Bechameil
Automatic Revolution
La Patinoire Royale – Galerie Valerie Bach
15 rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 28 mars
Du mardi au samedi de 11h à 18h
http://www.prvbgallery.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.