Le Japon d’Issei Suda

Caroline Roure
19 juin 2021

Le FOMU, musée de la photographie d’Anvers, présente le travail d’Issei Suda (1940-2019), un photographe incontournable de la scène japonaise, dont l’œuvre est encore trop largement méconnue en Europe. Le FOMU tente d’y remédier en signant la rétrospective Issei Suda, My japan qui présente près de 60 ans d’images photographiques de l’artiste.

Issei Suda commence sa carrière dans les années 1960 comme photographe auprès de la troupe de théâtre Tenjo Sajiki et publie son premier album photo Fushi Kaden en 1978. Devenu professeur de photographie à l’Osaka University of Arts, il a également dirigé une galerie d’art à Tokyo dans les années 1990. Il a reçu le prix Ken Domon Award, le prix de la société photographique du Japon, en 2012.

Dans les années 1960, l’économie du Japon est florissante et le pays se modernise rapidement. Une nouvelle avant-garde artistique apparaît qui mêle différents moyens d’expression tels le cinéma, la littérature, la musique, le théâtre et la poésie. C’est dans ce cadre qu’Issei Suda rejoint la troupe de théâtre Tenjo Saijiki, dont il photographie les spectacles pendant près de quatre ans.

Dans les années 1970, Issei Suda voyage à travers l’archipel nippon et développe son style caractéristique d’images photographiques en noir et blanc au format carré avec une touche surréaliste. En 1978, il publie son premier album photographique Fushi Kaden, qui lui apporte une renommée mondiale. Fushi Kaden signifie la transmission de la fleur du rôle d’acteur. Issei Suda est fasciné par les festivals appartenant au folklore traditionnel et se concentre essentiellement sur ces matsuri (festivals) et leurs festivaliers. Ses photos figurent certains rituels, comme celui qui consiste à faire une ronde de gens pour commémorer les morts. Sa photographie des festivals a un côté magique et témoigne d’une atmosphère spirituelle. Issei Suda a voyagé dans plus de 22 régions différentes au Japon pour aller à la rencontre de ces matsuri.

Par la suite, le travail photographique d’Issei Suda s’imprègne davantage de réalisme. Il photographie des objets communs du quotidien. « Comme si, tout en marchant, vous ramassiez un objet rencontré par hasard. » En 1980-82, il publie dans le magazine Nippon Camera une série d’images réalisées lors de ses promenades dans le centre-ville de Tokyo. Issei Suda apporte alors un effet brillant à ses photographies, ce qui leur confère une valeur emblématique. Il cherche ainsi à immortaliser ses photos, à les figer pour l’éternité.

Dans les années 1990, Issei Suda expérimente la photographie avec un Minos, appareil photo miniature petit et long, qualifié d’appareil d’espionnage, car dissimulable facilement dans les vêtements. Issei Suda produit alors une série de photographies prises à la volée, éclatantes d’authenticité, ainsi que quelques autoportraits.

À côté de ses sujets ruraux, Issei Suda s’intéresse à la ville bouillonnante de Tokyo. Ses photographies témoignent de l’évolution que connaît la capitale japonaise, depuis les années difficiles de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. Ses photos mettent notamment l’accent sur un quartier où il a passé toute sa jeunesse : Kanda. Elles expriment des moments qui ont disparu et qui ne seront plus. La photographie chez Issei Suda permet de raviver les réminiscences d’un passé lointain. La série Waga Tokyo présentent des portraits, des vues architecturales et urbaines d’un Tokyo d’une autre époque, d’un temps révolu.

Issei Suda, My japan est une exposition splendide qui dévoile des séries d’images parfaitement composées, des impressions en noir et blanc qui illustrent une maîtrise technique absolue. Cette rétrospective a la capacité de transporter ses spectateurs dans un ailleurs lointain qui fait rêver et met en lumière toute la beauté du Japon et de sa culture à travers une sélection de photographies impressionnantes qui témoignent de la grande sensibilité de l’artiste et ne peuvent nous laisser indifférent. Au fil des images, on voyage et on apprend à découvrir un japon aujourd’hui disparu en observant les festivals traditionnels du monde rural, la vie trépidante de Tokyo, le tout sans dramatisation, mais toujours avec beaucoup d’humour.

 

Issei Suda, My japan
FOMU
47 Waalsekaai
2000 Anvers
Jusqu’au 3 octobre
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
https://fomu.be/fr

 

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Issei Suda
fomu
Anvers

Caroline Roure

Journaliste