Le monde sans peur d’Aurélie Salavert

Gilles Bechet
30 mai 2019

L’univers singulier qu'Aurélie Salavert présente dans sa nouvelle exposition bruxelloise chez Alice Mogabgab Gallery se déploie dans une grande variété de techniques autour du dessin. Le réel se glisse dans l’imaginaire et vice versa, sans que l’on s’en étonne.

La jeune artiste française nous emmène dans un monde où tout est possible. Si on en croit le titre interrogatif de son exposition, What ?, elle doit s’étonner elle-même de ce qu’elle y découvre. De cet univers aux frontières mouvantes, il n’y a pas de guide, ni de cartes, il faut y aller franco et ne s’étonner de rien. Sans avoir peur. Si l’artiste laisse ses dessins, gouaches, collages et aquarelles sans date, ni titre, c’est qu'elle est convaincue qu’elles sont assez grandes pour s’en passer. Pas question ici d’évolution de styles et de thématiques, tous les dessins et peintures auraient pu sortir en une fois d’une grande malle où on les aurait glissés, hier ou il y a cent ans. Pas de tic « auteuriste » non plus, le dessin qui est ici le centre et le début de toute chose est l’expression d’un langage simple et direct pour saisir l’imaginaire. Elle dessine une porte fermée pour laisser au spectateur le soin de l’ouvrir.

On est rarement seul, dans les dessins d’Aurélie Salavert. Sorcier, hiboux et ours se réchauffent les pattes près d’un feu de bois. Deux bougies et un lapin plantent un rébus plutôt malin sur des gouttes de papier noir. Si les œuvres sont généralement de taille modeste, une pièce se distingue. On y voit un paysage de dunes au ciel bourgeonnant de nuages dans un camaïeu de gris. Les seuls taches de couleur sont apportées par deux minuscules biches qui se toisent de loin. Il y a dans cette composition une ampleur presque symphonique qu’on ne retrouve pas ailleurs. L’univers de l’artiste se teinte toujours d’une certaine douceur et, quand la violence tapie dans les fourrés sort en plein jour, elle reste stylisée comme cette extorsion armée dans une rue des bas fonds traitée tout en silhouette.

Sans se soucier de cohérence, l’artiste s’aventure parfois dans l’abstraction, laissant flotter une parenthèse sur un fond laiteux ou en captant la conversation colorée de deux ellipses. Aurélie Salavert élargit aussi sa palette dans deux grands collages à l’ambiance foraine assez réussis. Comme si elle venait d’être téléportée d’une autre dimension, une table basse permet de consulter deux livres consacrés à l’artiste à la lumière d’un curieux bougeoir en forme de poêle. Mon petit doigt me dit qu’en d’autres temps et d’autres lieux cette bougie rose a éclairé des scènes bien différentes.

 

Aurelie Salavert
What ?
Alice Mogabgab Gallery

Rivoli Building
690 chaussée de Waterloo,
1180 Bruxelles
Jusqu’au 29 juin
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
www.alicemogabgab.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.