L'empreinte carbone de Marin Kasimir

Gilles Bechet
04 novembre 2021

Marin Kasimir expose dans son atelier bruxellois des dessins réalisés par empreinte de papier carbone.

Marin Kasimir a un jour rêvé d'une porte jamais fermée pour laisser passer les idées et les gens. Une idée qui est passée du dessin à une sculpture au trait baptisée One Line. Une ligne ininterrompue en fer à béton, 36 fois pliée, pour concrétiser cette porte qui tient les murs debout et derrière laquelle on ne se cache pas. Artiste allemand résidant à Bruxelles depuis de longues années, Marin est d'abord connu pour ses photos panoramiques, comme celles qui occupent les murs de la station de métro Ceria. A côté de son travail photographique, il remplit aussi inlassablement de petits carnets de dessins colorés où l'on retrouve ce motif de porte. Un dessin plus symbolique qu'il n'y paraît, devenu une façon de voir le monde en se parant de drapeaux et d'échos de l'actualité du moment. « Si on ferme la porte, le mur s'effondre et le monde avec. Alors, autant garder les portes ouvertes », glisse l'artiste, espiègle.

La sculpture One Line figure dans l'antichambre de sa nouvelle expo, qu'il présente chez lui dans une partie de son atelier bruxellois, situé à proximité du canal. Sur les murs de la pièce blanche, il a repris à l'aquarelle le contour de la sculpture comme une ombre furtive absorbée par la surface du mur.

A l'étage, l'artiste présente la série qui donne son titre à l'exposition. Des dessins qui s'appuient sur un matériel de bureau, presque devenu obsolète, le carbone. Ce qui intéresse Kasimir dans cet outil, c'est qu'il ajoute un écran d'imprévisibilité entre la main et le résultat final. D'autant plus qu'il utilise des carbones colorés, bleus bien sûr, mais aussi rouges, verts et même jaunes. Tant qu'il dessine sur sa feuille blanche, sous laquelle sont disposées les feuilles de carbone, l'artiste ne sait pas ce que son geste répercutera.

Dans cet entrelacs de lignes qui s'enroulent et se déroulent comme un écheveau abstrait de traits de couleur, apparaissent sur certains dessins des visages et des bustes. Des visages féminins puisés sur des profils bidons placés sur les réseaux sociaux pour y harponner de leurs charmes les arpenteurs du numérique. Des visages génériques, comme il y a des médicaments génériques, que l'artiste dessine en laissant le hasard imprimer ses émotions colorées.

Jouant cartes sur table, il se sert aussi parfois de feuilles de papier carbone pour poser des puzzles colorés. Le papier carbone est à l'origine une très fine feuille de papier couverte d'un mélange de cire ou d'huile et de pigment. Sa conception remonte au tout début du 19e siècle et son usage s'est répandu en même temps que celui de la machine à écrire. La légende raconte qu'un de ses inventeurs, Pelligrino Turri, avait combiné les deux innovations dans une machine construite spécialement pour permettre à son amie, la comtesse Carolina Fantoni, qui avait perdu la vue, de continuer à correspondre avec ses proches. Le carbone inventé pour reproduire une parole mécanisée, est devenu plus de deux siècles plus tard le transmetteur d'une émotion graphique intuitive.

Marin Kasimir
Offset of Emotion
Unlocq 53
53 rue Locquenghien
1000 Bruxelles
Du 5 au 21 novembre
Tous les jours de 14h à 19h
www.marinkasimir.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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