Léon Wuidar prend la mesure de l'espace

Muriel de Crayencour
22 décembre 2021

Jusque fin janvier 2022, entrez dans l'univers lumineux du peintre Léon Wuidar, auquel le MAC's Grand-Hornu consacre une importante rétrospective qui réunit de nombreux tableaux, collages et carnets de dessins réalisés entre 1962 et aujourd’hui. 

Léon Wuidar est un homme discret mais assidu. Né à Liège en 1938, il commence à peindre en autodidacte en 1955. C’est en 1963 qu’il abandonne la figuration au profit de l’abstraction. Il poursuit par ailleurs une carrière de professeur d’arts graphiques à l’Académie des Beaux-Arts de Liège en compagnie de Jacques Charlier. En 1998, il quitte l’enseignement pour se consacrer à la pratique de la peinture. En parallèle, il multiplie les intégrations architecturales, notamment pour Charles Vandehove, dont il admire l'œuvre. Nous avions pu découvrir son travail chez Rodolphe Janssen depuis 2016, ainsi qu'à la Galerie Albert Dumont.

Dans la première salle de l'exposition, les œuvres de jeunesse. Etonnant de voir comment, dans les natures mortes que Wuidar peint, transparaissent déjà les lignes directrices de la rigoureuse abstraction à laquelle il va se consacrer par la suite. Les formes sont cernées de noir, l'image est aplatie, comme une petite scène de théâtre. Wuidar interroge l'espace, il tente un résumé, il cherche les lignes directrices de ce qui se donne à voir devant lui, il cherche à architecturer la scène qui s'offre à son regard. Ces recherches vont le mener à cette peinture abstraite lumineuse dès le début des années 1960.

Plus loin, les carnets de croquis sont eux aussi une réponse brillante pour comprendre l'abstraction géométrique de l'artiste : Wuidar y esquisse toutes les possibilités d'un enchaînement de formes. Chaque schéma est redessiné dans une autre position, jusqu'à épuisement des possibilités. Deux courbes, une ligne droite ; un triangle, un trapèze. Chaque forme est choisie avec précision et attention. Quelques lettres formant un mot et un jeu graphique. Avec cette utilisation des lettres, se dévoile l'humour souriant de cet artiste si silencieux quand on le rencontre. On peut jouer, donc.

Au fil des œuvres à voir aux cimaises du musée, ce qui soudain éclate comme une évidence, c'est qu'à force d'avoir simplifié de plus en plus les images, de les avoir essorées de tous détails, de les avoir presque désossées... alors toute la place est donnée à la couleur. Et Wuidar est un fameux et subtil coloriste, tant il a mêlé, mélangé et tenté de combinaisons ! Voyez cet orange, ce rouge brique, ce bleu puissant... Avec le temps et les années de pratique, le noir disparaît. Les peintures de Wuidar deviennent de plus en plus lumineuses, rayonnantes de leurs seuls pigments, couleurs pures, joyeuses. 

L'artiste habite avec son épouse une maison à son image : rigoureuse, voire monacale, construite dans les années 1970 par l’architecte Charles Vandenhove et que nous vous avions fait visiter en images en 2017. Les murs sont bruts, en blocs de béton, les ouvertures vers le jardin et les grands arbres - carrés clairs et rectilignes - sont de véritables tableaux dans l'espace. 

Sur son chevalet, souvent des petits et moyens formats sur lesquels l'artiste résume avec attention sa perception du réel et de l'espace. 

C'est la deuxième exposition monographie muséale de l'artiste de 84 ans, après celle qui a eu lieu en 2020 au Haus Konstruktiv Museum à Zurich et elle est vraiment immanquable. 



Léon Wuidar
À perte de vue
Mac's
Grand-Hornu
82 rue Sainte-Louise
7301 Hornu
Jusqu'au 30 janvier 2022
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.mac-s.be 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.