Les bulles de Kusama à en devenir rond

Francesca Caruana
22 janvier 2022

Les pois de Yayoi Kusama ont envahi pour plusieurs mois le Musée d’Art de Tel-Aviv, en Israël. Jusqu’au 23 avril, l’institution lui consacre une exceptionnelle rétrospective forte de quelque 200 œuvres déployées sur 3 000 m2. Notamment plusieurs Infinity Rooms, espaces immersifs très caractéristiques du travail de l’artiste japonaise, qui dès son jeune âge remplissait des cahiers de pois et de filets répétés pour apaiser son état psychique. « Ce que je voyais dans mes hallucinations correspond à mes premiers pas en tant qu’artiste et m’a guidée toute mon existence. Je traduis mes visions en tableaux, en sculptures, en installations… », confiait-elle à Cimaise en 2008. Installée volontairement depuis plus de 40 ans dans un hôpital psychiatrique, Yayoi Kusama n’a jamais cessé de créer pour apporter la meilleure des réponses à ses impulsions et obsessions. Celle qui voulait à tout prix devenir peintre est depuis plus de cinquante ans une artiste internationalement reconnue.

L’entrée de l’exposition de Yayoi Kusama, au Musée d’Art de Tel-Aviv, accueille le visiteur en donnant le ton. Les troncs d’arbre du jardin sont recouverts de tissu rouge à pois blancs ; ils sont déjà entrés en saison Kusama, imprégnés par sa touche, mais attention ! le succès est tel qu’il vaut mieux réserver. Au tout début de cette rétrospective, on est frappés par le classicisme des œuvres, qui incite à se poser la question de la bonne salle, du bon billet d’entrée. Pourtant, il s’agit bien de Yayoi Kusama et de ses débuts dans la ville où elle a vécu et vit encore, Matsumoto. Très tôt dans la carrière de celle qui, dans les années 1960, côtoyait Andy Warhol, Donald Judd et nombre d’artistes du pop art, le rond pointait le bout de sa bulle comme sujet du tableau. Malgré la facture assez classique des travaux du départ, le pois, sujet partiel ou essentiel de ses compositions, devient rapidement et radicalement l’unique figure de répétition, seul motif représenté.

Dans la vidéo de présentation, Kusama raconte que, marquée par des hallucinations, elle a été très jeune obsédée par le point, le rond, la bulle. A partir de ce moment-là, elle comprit qu’elle ne pourrait plus utiliser d’autre figure et, au fil du temps, ce signe s’est formalisé, multiplié en envahissant toutes les surfaces, les volumes, tout objet qui passait sous sa main. Ses hallucinations enfantines avaient élu en elle une unité d’expression artistique dont elle dira plus tard qu’elle constitue son « oblitération ». On ne peut pas ne pas se demander ce qui relie son « geste » pictural à l’histoire de la peinture sans évoquer Kandinsky, ou même Paul Klee, tant l’insistance de ce motif finit par lui octroyer une identité scientifique, rationnelle.

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article  sur www.artshebdomedias.com

Francesca Caruana

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