Les corps transcendants d’Isabel Munoz au Hangar

Dounia Dolbec
29 avril 2022

Jusqu’au 18 juin, Hangar accueille les photographies et vidéos de l’artiste espagnole Isabel Munoz connue pour son travail de portraitiste du corps au sein de l’exposition personnelle Trance’n’dance.

Composée d’une centaine d’images ainsi que de vidéos et photogrammes, Hangar propose une exposition complète qui permet de s’immerger dans l’univers artistique d’Isabel Munoz. Les œuvres présentées sont issues du travail réalisé par l’artiste ces dix dernières années dans différentes parties du monde. Toutes parlent de la condition humaine à travers les thèmes de la communauté, de l’identité, du territoire, de la culture, des héritages, des pratiques rituelles. Le corps devient l’objet central de ces questionnements à travers son mouvement, son rapport aux autres et à son environnement, ses transformations volontaires ou involontaires, le dépassement de ses propres limites, sa capacité de résilience ou de résistance, voire de transgression.

Pour explorer ces problématique, Isabel Munoz réalise un travail de dimension résolument anthropologique ou ethnologique auprès de populations animales ou humaines souvent minoritaires. Ainsi, les grands primates, le cheval andalou, les danseurs de Bûto japonais ou les danseurs boliviens, les Hijras en Inde, les adeptes de rituels et automutilations au Mexique ou en Thaïlande incarnent et témoignent de différentes relations civilisationnelles avec le monde et la vie.

La première partie de l’exposition intitulée Immanencia évoque le rapport de l’Homme à ses origines et interroge la tension entre tradition et modernité, passé et présent. Isabel Munoz dresse un véritable portrait de famille en photographiant les grands primates et en exposant ces œuvres tels des portraits en grand format, à la frontière entre la photographie et la peinture. Cette première partie dévoile également les photographies réalisées par l’artiste au Japon, où elle a découvert la danse Bûto, profondément liée au sol et à la terre, aux origines et à la tradition autant qu’à la modernité et à une vision contemporaine de la société. Cette série permet à la photographe d’interroger notre regard sur la vieillesse et le genre, questions que le spectateur retrouve face aux portraits de la communauté Hijras en Inde. La relation spirituelle voire mystique entretenue par les humains avec la terre est également très présente, aussi bien chez les danseurs de Bûto que dans la série Mitologias, qui représente des danseurs masqués de La Paz en Bolivie.

Avec Agua, deuxième partie de l’exposition, Isabel Munoz s’intéresse aux conséquences physiques de l’eau sur le corps en photographiant des êtres en apnée s’abandonnant à l’impesanteur. Elle alerte également sur les conséquences de la pollution océanique en explorant la matière plastique. Avec Coralotipia, elle explore de nouveaux médiums de création en utilisant des coraux et de la poudre de coquillage pour réaliser ses œuvres.

Éxtasis, troisième et dernière partie de l’exposition, est consacrée aux pratiques corporelles se rapprochant de la transe et de l’automutilation jusqu’à brouiller les limites entre douleur et plaisir. Au Mexique, en Thaïlande et au Japon, l’artiste parcourt le monde pour observer des rituels cherchant à atteindre l’extase et invite ainsi le visiteur à changer de perspective, à adopter une nouvelle vision et à relativiser son attachement à son propre corps et ses connexions avec son environnement social et naturel.

A la frontière entre le réel, le surnaturel et le fantastique voire l’utopique, les œuvres d’Isabel Munoz prônent différentes manières d’être au monde à travers un travail rigoureux fondé sur des rencontres humaines empreintes de respect et d’empathie grâce auxquelles le singulier et l'universel tendent à se rejoindre.

Trance’n’dance Isabel Munoz
Hangar
18 place du Châtelain,
1050 Bruxelles
Jusqu'au 18 juin
Du mardi au samedi de 12h à 18h

https://www.hangar.art

Dounia Dolbec

Journaliste

Après une formation en danse classique et contemporaine au conservatoire et des études à Sciences Po, elle s'installe à Bruxelles pour se consacrer à la danse et à la chorégraphie. Journaliste pour le site Mu in the city et le magazine Mouvement, elle s'empare de l'écriture pour partager son goût pour toutes les formes de création contemporaine et sa conviction que l'art a le pouvoir de changer la petite et la grande histoire.

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