Les couleurs des îles

Muriel de Crayencour
01 juin 2020

Quelques jours encore pour voir chez Aboriginal Signature l'exposition Yalininga, Ngaripantingija, Ngirramini des artistes aborigènes des îles Melville Tiwi dans le grand nord de l'Australie. Comme il est bon d'enfin retrouver le contact avec les œuvres ! Rien ne remplace l'œil - fraîchement déconfiné - vissé sur la toile, s'abreuvant de tout ce qu'elle offre.

Ce sont les cérémonies spirituelles qui sont mises en avant par les artistes, tout d'abord avec les grands poteaux funéraires qu'on peut voir au centre de la galerie. Ils sont centraux dans les rituels des peuples de ces deux îles. Ils sont le but et l'apogée des célébrations. Mais avant ça, les Aborigènes peignent leur corps avec des ocres naturels. Les formes géométriques dont ils ornent leur peau se retrouvent dans les toiles de Michelle Bush, de Jacinto Lorenzo, de Mario Walarmerpui, par exemple : triangles ou carrés lignés, succession d'ornements en bandeaux... Dans cette région tropicale, ce n'est pas le bush qui prédomine, mais la végétation luxuriante. Les artistes peignent aux pigments naturels. Les sables et ocres allant du blanc grisé au rouge en passant par des jaunes et orange flamboyants. Toute la beauté minérale des terres australiennes se retrouve sur le corps des danseurs, et sur leurs toiles puis sur les Pukamani Poles. Rien de restreint dans cette palette, plutôt une richesse et une profondeur fascinantes.

Voyez cette formidable toile horizontale d'Alison Puruntatameri, mille et un traits verticaux en blanc, rose subtil et rose ocre, formant comme une pluie chaude et apaisante. Elle décline cette proposition dans une autre toile, y ajoutant un jaune ocre lumineux. Christine Daisy Puruntatameri trace des traits légèrement arrondis, en blanc, dansant sur un fond noir : souplesse du trait, vivacité du résultat. 

Ou les motifs en série de points répétés, tracés au peigne, de Michelle Bush. Notez encore la répétition d'un même motif à plusieurs échelles, chez Miriam Stassi, le rouge ocre cerné par le noir en réserve, des points jaunes et blancs. Trois couleurs et le noir du fond, donc, pour faire jaillir une œuvre vibrante, joyeuse, intense. Qu'est-ce donc, une fois de plus, qu'une œuvre d'art : un peu de noir, du rouge, du jaune et du blanc mis ensemble qui, par on ne sait toujours pas quelle magie, créent une image qui enchante l'œil et l'âme. Si ce n'était pas mystérieux, serions-nous si fascinés ? 

Yalininga, Ngaripantingija, Ngirramini
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles 
Jusqu’au 6 juin
mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/

Attention, dans le cadre des mesures sanitaires, il faut prendre rendez-vous

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.