Les éclipses de Sterling Ruby

Muriel de Crayencour
07 mai 2015

De formidables grands formats composés de formes découpées en carton, assemblées et mises en couleurs à la tempéra, de l’artiste américain Sterling Ruby, envahissent les grandes salles de la galerie Xavier Hufkens. Elles dégagent une présence impressionnante. Frontales, violemment belles, elles réjouissent l’œil. Elles font éclater leurs couleurs primaires : rouge, jaune, bleu. La texture du carton a pris la douceur du textile, souple, mate. Dans l’autre espace de la galerie, au 107 de la rue Saint-Georges, voici les SCALE, immenses mobiles composés de pièces de bois peint et d’objets trouvés, en un équilibre précis. Tout aussi formidables.

Une conversation entre l’artiste et Dirk Snauwaert a prévalu à l’ouverture de l’exposition, en cette fin de mois d’avril. Voix douce, séduisante présence, Sterling Ruby explique comment il en est venu à se remettre à travailler tout seul dans son atelier. Il s’explique aussi sur l’aspect moderniste de ses propositions.

« La plupart de mes pairs ont été éduqués par des professeurs qui voulaient détruire le modernisme. Nous sommes dans une ère où l’on produit avec un geste gelé, il n’y a plus de fait main. Je voulais retrouver ce stade sans mécanique. J’avais envie de fabriquer quelque chose, de me retrouver avec juste du carton et des ciseaux. Ca ne veut pas dire que c’est facile. »

Dirk Snauwaert : Ici, l’oeil doit ralentir pour voir ce que les couleurs primaires ont à dire. Mais est-ce de l’art moderniste ?

Sterling Ruby : Bien sûr, il y a l’influence de Miro, Calder, Kelly. Mais l’idée qu’il faut absolument faire quelque chose de complètement nouveau, je trouve que c’est du bullshit complet. Vous savez, ici, j’ai éprouvé autant de difficultés que pour produire une vidéo. Il y a quelque chose de très simple, mais ça prend des heures pour trouver un équilibre. Je me suis retrouvé seul devant l’œuvre, dans un face à face pas forcément confortable. L’état du travail en cours est comme un miroir de l’ego.

Dirk Snauwaert : Comment placer ce travail par rapport aux œuvres de vos contemporains, par exemple de votre ami Jeff Koons ?

Sterling Ruby : Koons produit des shinny works... Je pense que les shinny works commencent à devenir vraiment vieux...

Dirk Snauwaert : Est-ce décoratif ?

Sterling Ruby : Si ça l’est, ce n’est pas un souci. C’est une réinterprétation. Il y a un retour à la peinture. Mais la génération des anti-peinture, avait raison, à son époque.

Dirk Snauwaert : Parlons des titres des œuvres.

Sterling Ruby : Les titres de mes peintures, ECLPSE, SCALE, sont comme des acronymes. J’aime bien l’idée du signe, qui est aussi beau par la forme des lettres qui le composent. Le titre doit être un truc graphique, design, aussi.

 

ECLPSE
Sterling Ruby
Galerie Xavier Hufkens
6 et 107 rue Saint Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 23 mai
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.xavierhufkens.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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