Les finalistes du HISK prennent position

Gilles Bechet
13 janvier 2022

Lauréats de la fameuse école gantoise HISK, ils sont onze à exposer leurs créations finales à Bruxelles. Des personnalités déjà très affirmées pour une vision du monde et de l'art entre intime et politique.

Au fil des ans, le HISK est devenu une des places to be pour un post-graduat en arts visuels en Belgique. L'école gantoise qui a vu passer entre autres Vincent Meessen, Ariane Looze, Nicolas Provoost ou Stephan Balleux attire aussi des étudiants des quatre coins du monde. Les onze lauréats de cette année exposent à Bruxelles les travaux avec lesquels ils ont conclu leurs deux années de création. Le curateur, Sam Steverlynck, n'a pas cherché à leur imposer de fil rouge artificiel, optant plutôt pour un titre emprunté à Leonard Cohen pour refléter la variété de leurs pratiques artistiques, certaines tournées vers l'exploration de soi d'autres vers les relations avec la famille, la ville et le monde. La congolaise Hadassa Ngamba déploie des objets et matériaux sur sa table sereine jouant avec des références personnelles comme avec les liens et les non-dits politiques, économiques et sociaux entre la Belgique et son ancienne colonie. Dans sa video, Your order is on its way, l'estonien Karel Koplimets imagine un étrange ballet entre un coursier à vélo et un robot sur un parking désert au sommet d'un gratte ciel. Une rêverie sur le futur du travail entre exploitation et intelligence artificielle. Nelleke Cloosterman fait dériver la peinture classique vers de nouveaux territoires. Les perroquets, fleurs et bulles de savon qu'elle a pris avec elle s'adaptent à tous les supports. Le roumain Dani Gherca joue de la photographie urbaine comme d'un trompe-l'oeil, ses photos aériennes d'avenues et de places évoquent des circuits informatiques ou de gigantesques installations de contrôle où l'humain n'est plus qu'une donnée numérique.

La mexicaine Elisa Pinto reconstruit la maison où elle a grandi comme un décor inachevé de sa mémoire intime. La belge d'origine espagnole, Olivia Hernaïz ouvre sa tente pour accueillir les souvenirs chantés de l'exil des réfugiés du franquisme au pays de Staline. L'américaine Nokukhanya Langa crée un terrain de jeu pour faire déborder ses peintures néo-pop dans un espace en cage où les slogans explosent sur les murs. La française Gaëlle Leenhardt pose sa table de studio sur la terrasse et y plante de délicates sculptures de bronze, empreintes de concrétions d'argile prélevées sur le site de construction de son école. Dries Boutsen a créé un collage en 3D avec des débris de ses installations précédentes, une mise à plat de deux ans d'expérimentation avec l'espace et le volume. Sandrine Morgante interroge des écolier.e.s néerlandophones et francophones sur les perceptions qu'iels peuvent avoir de l'autre communauté en se lançant dans l'apprentissage de la langue de l'autre. Elle rend ses copies avec des retours de couleurs et d'écritures qu'on s'autorise quand on s'ennuie au cours. Le letton Paulius Šliaupa nous offre un poème vidéo, jeux de lumières et de positions dans un paysage enneigé qui évoquent de manière sensuelle et parfois abstraite nos relations avec notre environnement. D'une grande beauté visuelle, son montage et ses images peuvent se montrer aussi apaisantes qu'oppressantes.

Various Positions
Site Gosset
4-6 rue Gabrielle Petit
1080 Bruxelles
Jusqu'au 30 janvier 
Du jeudi au dimanche de 12h à 18h
www.hisk.edu

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.