Les Francken, peintres de pères en fils

Gilles Bechet
07 décembre 2021

Entre la fin du 16 siècle et le milieu du 17e , ces peintres ont rayonné à partir d'Anvers avec une œuvre abondante et encore largement méconnue. Le Musée de Flandre à Cassel consacre une exposition à la dynastie des Francken et plus particulièrement à Frans II.

Au 17e siècle, Anvers comptait plus de 300 peintres en activité. Parmi eux, beaucoup étaient des entreprises familiales où les fils et les filles aussi aidaient à l'atelier. Il en va ainsi de la famille Francken qui s'est fait un nom sur plusieurs générations. Moins connus du grand public que celles de leurs illustres contemporains, leurs œuvres sont activement recherchées par les collectionneurs. Au travers de cette exposition, le musée de Flandre de Cassel, dans les Flandres françaises, a non seulement voulu sortir de l'ombre des figures méconnues du siècle d'or anversois, mais également mettre en lumière le fonctionnement d'un atelier, les étapes d'un apprentissage du métier, les liens entre artistes à travers les nombreuses œuvres réalisées à quatre mains ou encore les multiples copies d'atelier d'une même toile. Pas moins de 13 peintres ont porté le patronyme de Francken entre la fin du 16e siècle et le milieu du 17e. Si on y ajoute la répétition des prénoms d'une génération à l'autre, l'attribution précise des innombrables tableaux attribués aux Francken relève parfois du travail de détective et n'est pas à l'abri d'une remise en question. De Nicholaes, le patriarche de la dynastie qui avait son atelier à Herentals, aucune peinture ne nous est parvenue. Pour la première génération dont on se souvient, Frans I, Ambrosius I et Hieronymus I, ce sont les commandes des églises et des confréries qui les font travailler. Chaque peinture ou triptyque est une image à clés chargée de sens tant religieux que profane où le donateur pouvait apparaître en repentance de ses péchés. Le peintre glissait souvent son autoportrait tenant un mouton dans ses bras, comme Hieronymus I dans l'adoration des bergers ou comme Frans I, assistant au débat des docteurs au pied du Christ. Avec le développement de l'imprimerie, le livre devient un moyen d'expression et surtout de finances, comme les trente gravures réalisées par Ambrosius I pour une bible illustrée.


Véritable entreprise

Frans II Francken est de nos jours le peintre le mieux connu et apprécié de la dynastie. La plus grande partie de cette exposition lui est consacrée. S'il se distingue, c'est d'abord sans doute par sa palette, la finesse de ses détails et son art du glacis mais surtout par la grande variété de ses sujets. Il a été un des premiers à peindre des cabinets de curiosités avec ses tableaux dans les tableaux. Pour un commanditaire qui désirait faire étalage de sa nouvelle foi catholique, il a peint le Christ en visite dans l'atelier d'une peintre. S'adressant à une clientèle bourgeoise et aristocrate, il va privilégier les plus petits formats, plus aisément transportables. Frans II participe aussi à l'engouement de l'époque pour les scènes de sorcellerie avec des compositions élaborées fourmillant de détails référentiels. Ainsi dans l'Éternel dilemme de l'homme, il prévient ceux qui quittent le chemin de la vertu du sort qui les attend et incarne Sixte IV, aux mœurs supposées dissolues, sous les traits d'un petit singe portant la tiare papale. Peintre prolifique, on lui doit au minimum 500 œuvres. Frans II était à la tête d'un atelier dont il a fait une véritable entreprise en y employant toute sa famille. Face à une telle personnalité, ses frères ont peiné à s'imposer, on relèvera cependant une étonnante nature morte : Le Repas des pauvres, due à Hieronymus II, dont le travail de perspective à plat préfigure une vision moderne. Pour répondre au succès commercial de son atelier, Frans II se concentrait sur les personnages et leurs riches atours, collaborant avec d'autres artistes, paysagistes et spécialistes d'architecture ou de fleurs. On peut ainsi admirer les peintures réalisées avec Abraham Govaerts ou Joos de Momper, reconnaissables pour ce dernier à ses paysages panoramiques bordés de brume. Largement oublié aujourd'hui, le nom de Francken était, quatre siècles plus tôt, une des valeurs sûres sur le marché de l'art à Anvers et en Europe, cette exposition riche en découvertes nous aide à comprendre pourquoi.

 

La dynastie Francken
Musée de Flandre
Cassel (France)
Jusqu'au 2 janvier 2022
www.museedeflandre.lenord.fr

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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