Les Guggenheim et l'abstraction

Joost De Geest
22 octobre 2016

La venue d’une belle collection d’art abstrait des collections Guggenheim de New York et de Venise est un événement de taille. C'est à quoi vous invite l'ING Art Center avec Guggenheim Full Abstraction qui vient de s'ouvrir. On y découvre des chefs-d'œuvre présentés sur fond de tentures de couleur, comme ils auraient pu l'être dans la maison de Peggy Guggenheim, qui est au centre de la construction de cette remarquable exposition.

Les œuvres proviennent du célèbre Guggenheim Museum construit par Frank Lloyd Wright à la Fifth Avenue et du Palazzo Venier dei Leoni sur le Grand Canal à Venise, la résidence de Peggy Guggenheim. A découvrir ici, le développement de l’art informel de l’avant-garde, des années 1920 en Europe, jusqu’aux années 1960 aux Etats-Unis. C'est l’occasion de lire ou relire l’autobiographie amusante de Peggy Guggenheim, Out of the Century. Confessions of an Art Addict. On ne dispose malheureusement pas de biographie de son oncle, Solomon R. Guggenheim, un des premiers collectionneurs d’art non objectif du début années 1920.

A cette époque, l’école de Barbizon, entre autres, était encore très prisée par l’aristocratie financière américaine. Solomon R. Guggenheim possédait déjà une belle collection de maîtres anciens et même quelques primitifs. Mais une aquarelle de Rudolf Bauer, peintre et marchand allemand, l’impressionna au point de visiter, en compagnie de Hilla Rebay, une associée de Bauer, quelques ateliers en Europe, dont celui de Kandinsky – considéré comme le meilleur peintre de l’époque – au Bauhaus, aussi que ceux de Chagall, Delaunay, Léger et Mondrian

C’est aussi à cette époque que la jeune Peggy, qui ne dispose pas d’une toute grande fortune, commence à circuler en Europe et s’intéresser au milieu de l’art et à certains artistes comme Max Ernst et d'autres. Son père avait fait de mauvais placements à Paris et il disparut dans l’accident du Titanic en 1912. Il avait fait peindre ses deux filles, Benita et Peggy, par le peintre de salon allemand Franz von Lenbach, au début du siècle. Vous trouverez une ligne du temps et des films de la vie des deux collectionneurs, dans la partie documentaire à la cave des coffres. Ces deux personnalités avaient en commun la ferme volonté de fonder un musée moderne. Ce qu’ils ont chacun réalisé, sans aucune intervention d’autorités publiques, soulignons-le.

Dans la chronologie de l’exposition, le moment surréaliste se situe au début, avec Max Ernst, Leonor Fini, Leonora Carrington et Matta, protégé de Peggy. Jackson Pollock est présent avec des œuvres de 1940-1946 et les premiers drippings de 1949-1950, ainsi qu'une rare série de sérigraphies. Tout cela est suivi d’œuvres de Rothko, Gottlieb, Motherwell, Willem de Kooning, Sam Francis et de deux femmes, Helen Frankenthaler et Joan Mitchell. Magnifique aperçu du début des sixties ! On voit en parallèle l’évolution de la peinture en Europe avec Jorn, Vedova, Dubuffet et cinq œuvres importantes, Burri, et trois pièces de Fontana. La Post-painterly Abstraction est représentée par Stella, Noland, Morris Lewis, deux Twombly, Ellsworth Kelly et Barbara Hepworth. C’est un ensemble varié, d’une grande époque, qu’on a rarement l’occasion de voir en Belgique. L’équipe Art d’ING a amélioré l’espace assez difficile du rez-de-chaussée en le cachant derrière de grandes draperies de différentes couleurs. Cela rend le parcours bien plus clair.

Guggenheim, Full Abstraction
ING Art Center
6 place Royale
1000 Bruxelles
Jusqu'au 12 février
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturnes le mercredi jusqu'à 21h
www.ing.be/art

 

 

Joost De Geest