Les joyeuses illusions d'optique de Maya Hayuk

Muriel de Crayencour
12 septembre 2019

On avait découvert Maya Hayuk lors de l'ouverture du MIMA en avril 2016. Elle y avait réalisé une immense fresque, City lights, sur les quatre murs et le plafond de la grande salle du musée 2.0 installé le long du canal. La voilà une nouvelle fois à l'Alice Gallery avec une nouvelle série d'œuvres qui laissent de côté les structures rectilignes qui ont fait sa signature, pour aller vers des propositions  aux formes presque végétales.

Née en 1969 à Baltimore, Maya Hayuk vit à Brooklyn, New York. Diplômée du Massachusetts College of Art and Design, elle a également étudié à l'université d'Odessa en Ukraine. Elle a réalisé de nombreux muraux immenses, partout dans le monde, et cet été à la Triennale de Dunkerque. Son travail très reconnaissable a fait l'objet de nombreuses publications, tant sur papier que sur les réseaux sociaux. Ses grandes structures, composées de larges bandes de couleurs qui se croisent, sont inspirées des dessins de l'art populaire ukrainien (les Pysanka), des mandalas, des vues du téléscope Hubble, des hologrammes, des tests de Rorschach. Elle a créé des pochettes de disques, des décors de théâtre, des photographies et des affiches.

Aujourd'hui, une fresque vous accueille sur les parpaings qui font face à la galerie, dans la petite rue piétonne du centre de Bruxelles. Dans la galerie, toiles de petits et grands formats vous accueillent. Toujours cette palette vive, pleine de joie. Mais le geste de l'artiste s'est assoupli pour former des vagues, des arrondis, des formes organiques, mouvantes. La vitalité de son travail se retrouve aussi dans les différentes textures, la transparence de certaines teintes, et ces couleurs qui bavent, comme un trop-plein d'énergie, un flux vital qui déborde.

Pour cette grande toile, comme une image dépliée de Rorschach, des formes vives, souples, se superposent, parfois en transparence, se répondent d'un côté et de l'autre de la peinture. On pense à l'abstraction des modernistes, revue et corrigée version 2.0, on pense à des motifs de l'art populaire, répétés et se structurant comme un tissage. "Vous peignez la joie, n'est-ce pas?", lui a-t-on demandé lors de l'ouverture. "Oui, sans doute, a-t-elle répondu, même si le monde va mal." Peut-être pouvons-nous voir l'explosion d'énergie, la puissance du geste et les vivifiantes propositions de l'artiste comme des sortilèges lancés à la noirceur du monde, des mandalas joyeux jetés à la face des mauvaises nouvelles et du désastre annoncé. Mu aime !

Maya Hayuk
Pareildolia Deep Destroyer
Alice Gallery
4 rue du Pays de Liège
1000 Bruxelles
Jusqu'au 26 octobre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
https://alicebxl.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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