Les vies multiples de Mélissa Ansel

Gilles Bechet
19 février 2021

A Forest, Valérie Lenders a ouvert l'espace Mélissa Ansel, un lieu d'art vivant où les expositions côtoient les performances et la musique. Dans l'ancienne pantouflerie en arrière-cour, elle délaisse ses activités de galeriste pour se consacrer pleinement à son travail d'artiste.

Elle appelle ça un biotope artistique. Un espace modulable selon les besoins, un espace où des artistes montrent leur travail et en invitent d'autres pour des performances et des concerts. Valérie Lenders est hyperactive. Elle aime quand ça bouge, et quand ça vit autour d'elle. Elle est artiste. Elle a été graphiste. Elle est peintre.

 

Un ange protecteur et invisible

Dans l'ancienne pantouflerie où elle vit avec son architecte et contrebassiste de mari, elle s'est lancée dans un nouveau projet. « Mon mari et moi organisions des concerts privés depuis quelques années et j'ai voulu ouvrir cette dynamique de rencontres aux jeunes artistes qui manquent cruellement d'espaces pour s'exprimer. Je tenais aussi à dissocier mon activité de peintre et de galeriste. »

C'est là qu'arrive Mélissa Ansel, une mystérieuse scientifique et collectionneuse d'art rencontrée sur l'île d'Yeu. Après une soirée de discussions et d'échanges passionnés et de questionnements sur l'art, elle propose de prêter son nom à la future galerie. Comme un ange protecteur et invisible. Les expositions prennent place dans la maison en front de rue, dans un espace lumineux sans fioritures. Le loft installé dans l'espace industriel rénové, où Valérie a installé ses pénates et son atelier, prolonge l'espace galerie pour d'occasionnels concerts et performances.

Chaque exposition s'articule autour d'un thème exploré par plusieurs artistes. « J'ai envie de leur laisser la main le plus possible pour créer une dynamique qui sera forcément ressentie par le public. Juste accrocher des œuvres au mur, ça ne m'intéresse pas. D'autres le font. »


Une écriture abstraite

Une fois par an, Valérie Lenders change de casquette et s'offre une expo de ses œuvres chez Mélissa Ansel, le lieu qu'elle a créé. Sur le chevalet qui trône au centre de son atelier comme au centre d'une piste de danse, deux toiles couvertes de fleurs. « Je ne m'intéresse pas à la botanique, » précise-t-elle d'emblée. Les fleurs se sont imposées par leurs formes et leurs couleurs, plus que par leur parfum. Longtemps, Valérie Lenders a privilégié une écriture abstraite où des formes nerveuses flottent entre sérénité et tension. Parfois la structure se resserre dans un écheveau des traits intriqués.

« Progressivement, mon écriture est devenue plus florale. Alors autant l'assumer. Avec ça, je me suis rendu compte que les fleurs, ça rassure les gens. Mais je sais que ça va passer. Une fois que j'aurai fait le tour, je passerai à autre chose. »

Sur chaque dessin ou peinture, il y a des lignes cousues ou brodées. « J'ai toujours aimé la couture. Ma grand-mère était couturière. Pour ne pas faire comme elle, j'ai commencé à coudre sur du papier. Je n'ai jamais arrêté. Puis la couture a pris de plus en plus de place. C'est devenu ma signature. »

Quand son mari et ses copains jouent de la musique et improvisent, Valérie se met un peu en retrait et dessine sur des petits carnets qui se déplient en accordéon. Elle dessine à l'instinct sur le rythme. Comme une respiration. « On me dit parfois que je dessine la musique. Je ne fais que suivre le rythme et me laisser aller. Quand je dessine, je suis plus concentrée et j'entends mieux la musique que si je regardais les grimaces du musicien. La musique est un médium qui me pousse à créer. »

Chez Mélissa Ansel, la nouvelle exposition s'appelle Living Things. Une ode à des créatures qui peuvent se passer des humains pour exister. Margaux Nieto photographie les animaux dans nos rues, dans les jardins et terrains vagues comme s'ils en étaient les maîtres. Des images étranges et familières. Dans ses dessins, Céleste Joly a donné les clés de nos maisons et de nos intérieurs aux animaux qui s'en acquittent avec un brin de préciosité et de perversité victorienne. Les sculptures d'Agathe Dupérou évoquent un monde organique où la céramique absorbe en douceur d'autres matières comme une étape dans le processus même de la vie. Dans leur univers coloré, les soliflores de Béatrice Barrier ont l'air d'attendre la fleur unique qu'ils vont porter comme dans l’étreinte d’une rencontre amoureuse.

Valérie Lenders a ouvert son espace en septembre 2019. Sans attendre d'éventuels subsides. Pour le moment, tout se fait à l'arrache, au troc parfois. Une rencontre en amène une autre. « J'ai besoin que la vie soit positive. Je n'ai pas envie de mettre mes névroses dans mon travail. J'ai envie d'un avenir positif et humaniste. Ce projet vient de ça aussi. La programmation est déjà bouclée jusqu'en juin 2022. Après on verra. »

Living Things
Beatrice Barrier, Céleste Joly, Margaux Nieto, Agathe Dupérou
Mélissa Ansel Bxl
74 rue des Glands
1190 Bruxelles
Jusqu'au 25 avril
by appointment : info@melissaanssel.com
www.melissaansel.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.