Les yeux dans la plaie

Muriel de Crayencour
09 novembre 2017

Nous avions découvert Falcone à la galerie Jean-Philippe Braam. Le voici en solo show dans le White Cube d'Archiraar et en dialogue avec le photographe Pierre Liebaert dans le deuxième espace, le Black Cube

Falcone se plonge dans l'histoire de l'art pour enquêter sur les limites du portrait et de la représentation de soi et des autres. Ainsi, il puise dans les œuvres de Velasquez, entre autres, qui lui servent de base pour cette quête du regard. Sur le mur de droite, plusieurs peintures sur bloc de bois, sombres, sur lesquelles on distingue un visage. Sous les couches de peinture, une impression d'une toile de Velasquez. Une œuvre sous une œuvre, masquée, presque disparue. Des yeux, un nez, une bouche qui percent le noir.

Faisant face à ces portraits, une immense toile noire occupe toute la surface du mur. Sa surface laquée fait comme un miroir dans lequel se reflètent plusieurs crânes en résine posés sur le sol. Se voir ou ne pas se voir, être vivant ou pas, s'observer dans un miroir pour prendre conscience de la matérialité de son visage, de la chair, de ce qui fait que nous sommes vivants. Ce mouvement doux et angoissant entre apparition et disparition, vie et absence, c'est ce qui fait toute la saveur du travail de Falcone.

Il est aussi question de chair dans le Black Cube. Falcone revient d'un séjour à Naples avec Pierre Liebaert. Là-bas, ils se sont tous les deux confrontés à la violence dans la rue, les médias et aux images glanées tant dans le réel que sur internet par Liebaert. Corps blessés, plaies ouvertes, têtes arrachées du corps et autres joyeusetés servent de base à un travail sur l'effacement. De la violence vers la texture poétique. Sur un mur, de très nombreuses œuvres sur papier, formant un grand ensemble à la fois rude et délicat. Ici une image violente d'un massacre de Daesh, là la même photo presque effacée, devenue illisible, brutalité sur le point de disparaître. Cet accrochage-ci porte le nom de Medusa. Il s'agit en effet ici de tenter de ne pas être pétrifié par la violence des images du monde. Ces deux artistes nous y aident, nous prenant par la main pour cette balade qui va de la chair ensanglantée vers un rêve apaisé. Laissons-nous conduire. Il vous reste trois jours, l'expo s'achevant ce samedi.

Falcone est un artiste italien né en 1990 qui vit et travaille à Bruxelles. Pierre Liebaert est le tout frais lauréat du Prix du Hainaut des Arts plastiques 2017. Il est né en 1990 à Mons est est actuellement basé à Bruxelles.

 

Falcone
Facing the mirror
Falcone et Pierre Lienaert
Medusa
Archiraar
31A et 35A rue de la Tulipe
1050 Bruxelles
Jusqu'au 11 novembre
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.archiraar.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.