Le réalisme magique de Luis Guzman

Muriel de Crayencour
11 février 2021

L'artiste colombien Luis Guzman (Bogota 1976) expose actuellement chez Michèle Schoonjans Gallery, au Rivoli. Inspiré par la peinture classique, il livre une série de toiles, servies par une belle main virtuose.

Les espaces presque clos ou ouverts d'un seul côté sont encore une fois la marque du jeune artiste, qui s'inspire en ceci de la peinture de la Renaissance. Ainsi, on retrouve des éléments d'architecture, colonnade, arche arrondie, qui cernent le motif central de la peinture. Cette sorte de boîte de Pandore accompagne l'œil du regardeur, lui donne l'indication qu'il s'agit d'une scène intime qu'il peut observer comme on regarder par le trou d'un serrure. De cette manière, l'ambiance est posée. Au centre de chaque toile, ici, on reconnait une annonciation, mais elle est cachée par un grand voile coloré. On aperçoit deux ailes et un morceau de drapé. Là, trois personnages aux têtes masquées par une boule ronde, une silhouette de femme nue nous tournant le dos. Plus loin, une chambre est esquissée, par les fenêtres, une jungle verte, derrière une arche, le genou et la main d'un personnage. Chez Guzman, les personnages se masquent ou se cachent. Pas de visage, pas de regard. Ils sont là sans être là. Ils occupent l'espace, le densifient, l'humanisent et pourtant leur histoire reste muette et secrète. C'est cette opposition entre un espace, un volume, très présent et des personnages silencieux qui crée la tension qu'on sent dans les peintures de Luis Guzman. Elle nous donne envie de nous pencher sur chaque image, de la scruter pour en décoder le secret.

Dans d'autres peintures, on retrouve la lente mélancolie et de l'étrangeté qu'on ressent aussi dans les romans de Gabriel García Márquez. L'auteur colombien est associé au réalisme magique, courant artistique qui insère des éléments magiques et des motifs surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique, culturel et géographique avéré. Guzman, lui aussi, n'hésite pas à créer des images emplies de végétation tropicale, où vrai guépard et licorne en plastique gonflable voisinent en bonne amitié. 

Luis Guzman a fait ses études à l’Université des Arts plastiques de Bogota, qu’il a complétées par la suite d’un Master à l’Université Complutense de Madrid et d'un
Master en peinture à la Cambre à Bruxelles. A voir sans faute jusqu'au 27 février. 

Luis Guzman
Still Air
Michèle Schoonjans Gallery
Rivoli Building #25
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 27 février
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
https://micheleschoonjansgallery.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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