Maarten Vanden Eynde, monde explosé !

Muriel de Crayencour
26 mars 2019

Lors de l'exposition des quatre lauréats du Belgian Art Prize 2017, Maarten Vanden Eynde présentait The Gadget, une version en dentelle de la première bombe atomique, allusion au lien significatif entre coton et uranium et Around the World, une immense bobine en forme de fusée, symbolisant le rôle capital joué par le coton à l’échelle globale. Aujourd'hui, chez Meessen De Clercq, avec Half Earth, l'artiste, toujours aussi engagé, s'interroge sur l'état de la biodiversité sur la planète Terre.

Le titre de l'exposition provient du livre d'Edward O. Wilson, biologiste et entomologiste américain de notoriété mondiale, fondateur de la sociobiologie. Celui-ci décrit un plan de sauvetage radical de la biodiversité. Maarten Vanden Eynde aborde chaque fois des sujets très politiques. Il avait déjà livré sa réflexion sur la problématique du plastique dans nos océans avec ses îles faites d'amas de plastiques récupérés, qu'on avait pu voir dans l'expo aux MRBAB, 2050. A Brief History of the Future, en 2015.

Dans la première salle à gauche gît, au centre, The Last Human, un squelette terreux qui semble sortir d'une nécropole. Son crâne est couvert d'électrodes, fusibles, diodes... qui ont résisté à l'érosion du temps. Quel est l'archéologue qui aurait pu trouver ce squelette, puisqu'il s'agit du dernier humain ? Au mur, deux petites œuvres mêlent graines et circuits électroniques. L'artiste interroge le lien entre nature et technologie et la limite de cette dernière. En accélérant la recherche de pointe, ne fonçons-nous pas tout droit dans le mur ? Sur un miroir bombé, des dizaines d'yeux de verre d'animaux en voie de disparition - yeux utilisés par les taxidermistes - nous observent tandis que nous pouvons nous voir dans le reflet du miroir. Dans la salle de droite, Overview effect montre un globe terrestre découpé et déployé comme une grande fleur, chaque pétale étant un fuseau horaire officiel. Au mur, des panneaux comme ceux, didactiques, qu'on voit dans les écoles. Ils résument non sans humour les implications du commerce des matières premières entre le Nord et le Sud.

Sous la verrière de la salle du fond, Half Life est une suite de reproductions en argile de conteneurs de déchets radioactifs, le premier ayant la taille standard d'un container de ce type utilisé en Belgique, le suivant la moitié de sa taille, et ainsi de suite, jusqu'au dernier, minuscule. L'argile est celui de la région de Mol où sont enfouis ces déchets nucléaires, à 200-400 mètres de profondeur. Cette installation, comme toutes les autres, est fortement engagée politiquement, alors même que les mises en forme sont ludiques. Interpellant.

Maarten Vanden Eynde (Louvain, 1977) travaille à Bruxelles. Ces dernières années, il a exposé dans 2050. A Brief History of the Future au Palazzo Reale, Milan (2016) et aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles (2015), Réalités filantes, #4 à la Biennale de Lubumbashi (2015), Beyond Earth Art au Johnson Museum of Art d’Ithaque (2014), Ja Natuurlijk, au Gemeentemuseum, Den Haag (2013), The Deep of the Modern, Manifesta9 à Genk (2012), The Museum of Forgotten History, au M HKA, Anvers (2012) et Dublin Contemporary (2011).

 

Maarten Vanden Eynde
Half Earth
Messen De Clercq
2a rue de l'Abbaye
1000 Bruxelles
Jusqu'au 30 mars
Du mardi au samedi de 11h à 18h
http://www.meessendeclercq.be/

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.