Marcus Jahmal, danse vaudoue

Muriel de Crayencour
03 mai 2018

Autodidacte, issu d'une famille de musiciens de jazz, Marcus Jahmal est remarqué en 2016 dans un espace indépendant de Brooklyn. Alors qu'il travaille dans une start-up de jeux vidéo à Chelsea, il découvre l'art contemporain dans les galeries environnantes. Aux murs de la galerie Almine Rech rue de l'Abbaye, ses grande toiles sont une formidable découverte.

Les premières œuvres de cet Afro-Américain étaient plutôt petites, on y voyait des intérieurs à la perspective déformée, un sofa, une fenêtre, un bout d'escalier... Ici, Marcus Jahmal se déploie et élargit son univers à ses racines africaines rêvées. Un lion très expressionniste semble nous sourire. Un buste au visage de masque africain sur un fond aux couleurs fauves. Un ibis comme un animal totémique, le bec denté, sur un arrière-fond brûlant comme un feu de forêt. Des sculptures-totems faites d'un djembé renversé surmonté d'une petite tête en bois rehaussée de perles, qui sert à ranger les perruques des femmes.

La jungle, les animaux sauvages, quelques masques Dogon, des squelettes... habitent ses toiles qui ont la puissance incantatoire des arts premiers et une vive frontalité profondément contemporaine. Marcus Jahmal nous offre les vibrations d'un monde onirique, rêvé, halluciné, issu de sa ville, New York, autant que de ses racines africaines lointaines. Fauve, expressionniste, il invite les ombres, fantômes, monstres et animaux étranges qui peuplent son imaginaire à une danse vaudoue sur la toile. C'est un autoportrait d'une grande liberté et d'une grande force. Et c'est aussi de la très belle peinture. Une joie. Qu'il faut aller savourer sans tarder.

 

Marcus Jahmal
Solid Ghosts
Almine Rech Gallery
20 rue de l'Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu'au 19 mai
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.alminerech.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.