Maria Kley, sur le fil de l'émotion

Muriel de Crayencour
10 mai 2019

Frédéric de Goldschmidt continue à ouvrir son espace rue de Brachon à de jeunes artistes non encore représentés par une galerie. A voir aujourd'hui, le travail de Maria Kley, qu'il a rencontrée lors de sa résidence à la Rijksakademie d'Amsterdam.

Marie Kley (1981, Tokyo) est à moitié allemande, à moitié japonaise. Formée comme styliste mode, elle poursuit aujourd'hui une formation en arts plastiques. Le fil et le textile font partie des matériaux qu'elle apprécie. Trois sculptures se nomment chacune Desire Studies, ce sont trois larges bobines de fil - rouge, blanc, gris - qu'elle a trempées dans la colle pour en faire une masse compacte. Ensuite, ce volume dense est tailladé à la lame et s'ébouriffe, devient organique, animal, chevelu. « Trois représentations du désir, velu, violent, intense », nous explique-t-elle.

Sur un mur, une  collection de post-it dont le bord collant recueille les poussières ou petites pelures trouvées sur les mains de son bébé, chaque jour durant les 30 premiers jours de sa vie. Mis ensemble, en rangée, ils esquissent un portrait délicat, fait de microscopiques particules et parlent de la naissance, de l'entrée dans le monde des vivants.

La vidéo Klara Barbara, dans laquelle la jeune artiste donne un à un à sa grand-mère de 104 ans 104 morceaux de foulards de soie qui ont appartenu à cette dernière, est bouleversante. Ces simples morceaux de tissu, tous chargés de l'histoire de son ancêtre, ont été donnés à Maria Kley. Elle est revenue vers son aïeule avec les foulards coupés en carrés, pour filmer cette vidéo. Dialoguant avec cette dernière, elle lui tend les morceaux de tissu. On voit les mains parcheminées de la grand-mère qui prend chaque carré, le pose, le lisse en y passant la paume bien à plat. On compte 104 cadeaux, en même temps que les deux femmes. S'y dit quelque chose de fort et précis sur la transmission de la féminité, sur le temps qui passe, sur la mort qui vient et l’âme qui reste.

Ces mêmes carrés de tissu se retrouvent tissés dans une longue sculpture qui pend au plafond, sorte de cordon ombilical ou fil rouge entre deux femmes, trace de la vidéo et de cet échange émouvant. D'autres pièces à voir, l'ensemble étant vraiment formidable.

 

Maria Kley
Encouter
FdG Projects
11 rue de Brachon
1000 Bruxelles
Jusqu'au 25 mai
ouvert que sur rendez-vous par mail à fdgprojectspace@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.