Trois artistes nous racontent la douceur à l'italienne

Muriel de Crayencour
08 octobre 2020

Il ne vous reste qu'une semaine pour aller voir les dessins de trois artistes italiens à la Marie-Laure Fleisch Gallery. Titrée Italian Imaginary, l'exposition présente Sergio Breviario, Luca Pancrazzi et Giuseppe Stampone.

Si le goût pour le dessin contemporain a pris une telle ampleur ces dernières années, c'est en contrepoint de l'esthétisme. Plus de 100 ans après Fontain, de Marcel Duchamp, il faut encore se cacher si on ose apprécier une œuvre pour son esthétique. Toute production contemporaine se doit encore d'être volontairement intellectuelle, chargée d'un message sociétal. Et le cœur, dans tout ça ? Et les yeux ?

Nous serait-il interdit d'apprécier une œuvre qui n'aurait pas d'autre message que celui de sa beauté, de sa joliesse. Le mot joliesse doit-il absolument sonner comme une mièvrerie ? C'est un sujet qui nous tient à cœur - justement. Tout d'abord parce que nous voyons, au fil de nos visites, de nombreux très jeunes artistes ne plus créer des œuvres à message, mais travailler une matière, une technique, une forme dans la jouissance simple et directe du faire. Et livrer des œuvres qui se savourent par le frémissement du regard. Ensuite, parce que, par les temps qui courent, pourquoi refuser un petit morceau de beauté ? Pourquoi se priver de ce rafraichissement de l'âme, de cet apaisement du cœur ?

C'est pourquoi il est urgent d'aller se baigner dans la beauté des dessins au crayon sur panneaux de bois de Giuseppe Stampone, qui déroulent des paysages de Toscane et d'Ombrie dans lesquels on a envie d'entrer. Chemins sinueux, cyprès, herbes hautes, douces collines et palazzi chantent harmonieusement sous notre regard. Belle technique, beau cadrage, un petit côté cinématographique. 

Plus loin, les encres sur papier de Luca Pancrazzi, des vues de rues urbaines, bordées d'élégants arbres dont la ramure est évoquée au lavis. C'est gracieux, élégant, bien mené et chargé d'émotion.

Les étranges portraits de Sergio Breviario, au crayon, visages de trois quarts, yeux aux paupières lourdes, ne sont pas sans évoquer quelques peintures de la Renaissance italienne. Pourtant, Breviario n'hésite pas à s'adonner à quelques déformations, à dédoubler des yeux, allonger des nez, trouer des chevelures. 

L'ensemble est extrêmement esthétique et c'est délicieux. A voir.

Italian Imaginary
MLF | Marie-Laure Fleisch

13 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu'au 17 octobre
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.galleriamlf.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.