Marina Pinsky ouvre un œil dans le ciel

Gilles Bechet
12 juin 2020

Dans sa nouvelle exposition à la Galerie Clearing, Marina Pinsky s’intéresse à la représentation du temps et de l’espace depuis l’âge du bronze jusqu’à celui des satellites.

Le travail de Marina Pinsky défie les catégorisations et les simplifications. On peut en faire le tour, il garde en lui une part d’inexpliqué et de mystère. Si elle part comme souvent de différentes approches d’une même thématique, elle produit des œuvres qui se suffisent à elles-mêmes. Les styles et les matériaux sont très variés, impression photographique, dessins, tapisserie et sculptures en bois tourné ou en bronze, et chaque pièce constitue un élément d’un puzzle que l’artiste nous invite à associer librement. La série, qui donne son titre à sa quatrième exposition chez Clearing, s’inspire d’un artefact conservé au Neues Museum à Berlin. C’est un objet réalisé à l’âge du bronze dans une fine feuille d’or. On suppose, sans certitude, qu’il s’agit d’un chapeau porté lors de rituels dédiés à la fertilité des récoltes. La pièce est ornée de bandes horizontales couvertes de symboles qui restituent des calendriers solaires et lunaires. Ces symboles ont fait l’objet de calculs savants transposés en codes de quatre couleurs. L’artiste s’en est inspirée pour orner des pièces en bois tourné dont la forme reprend celle de l’ornement du Néolithique. Simples et dépouillées, les 16 sculptures alignées constituent un ensemble cohérent et intrigant.

Comme la sculpture, la photo est une des matrices de sa pratique. De la photo, elle garde une position d’observatrice du monde qui nous entoure et, cette fois, elle prend de la hauteur en s’intéressant aux procédés de photographie aérienne qui modèlent notre vision du monde. Des premières images de Theodor Scheimpflug à la fin du XIXe siècle aux photos satellite qui quadrillent la moindre parcelle de territoire de la planète, la technologie a façonné notre regard. Marina Pinsky lui restitue toute sa poésie et sa subjectivité par une série de sculptures en bronze qui juxtaposent des vues des deux quartiers où elle vit et travaille, Koekelberg à Bruxelles et Hansaviertel à Berlin. Réalisés à la même échelle, ils gomment tous les particularismes, effets de style et décorations pour ne laisser que des blocs lisses comme sur un panneau de Monopoly. L’artiste y a souligné certaines surfaces en doré, comme un reflet inattendu perçu par son œil dans le ciel.

Si sa pratique artistique s’appuie sur un important travail de recherche, Marina Pinsky ne part pas que d’idées mais aussi d’images ou d’objets. Ses œuvres ne sont pas les fanions d’un guide qu’il faudrait suivre sur un chemin déjà tracé mais plutôt des clés qui ouvrent à un ailleurs poétique comme les serrures qui émaillaient son installation pour le Musée absent du Wiels.

Marina Pinsky
Four Color Theorem
Clearing
311 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 1er août 
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h
www.c-l-e-a-r-i-n-g.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.