Gallissaires et Brandt, deux maîtres à ne pas penser

Muriel de Crayencour
08 octobre 2020

Deux jeunes artistes, deux belles découvertes à la Mathilde Hatzenberger Gallery. Il ne faut pas manquer d'aller déguster les peintures de l'Ukrainien Maxim Brandt et les dessins du Français Alexis Gallissaires, jusqu'au 24 octobre.

Alexis Gallissaires dessine comme il respire, c'est-à-dire un peu comme le grand bleu avant de plonger dans les profondeurs de l'océan : en prenant d'immenses inspirations. Démarrant ses dessins vertigineux de virtuosité après une longue et systématique bataille contre lui-même, il trace sans préparation ni croquis de base de bouleversants portraits de ses amis, à la mine de plomb. Epiderme exacerbé, précision des pupilles, des cils, bouche qui semble trembler, le visage qu'il dessine vous saute littéralement dessus. "Quand on commence un portrait, on ne sait rien, explique l'artiste. On est emporté." Ce mélange de grande maîtrise technique, de liberté de la main - qui semble elle seule savoir où elle va, hors de toute pensée - et d'intense clairvoyance émotionnelle sur les errements et noirceurs du genre humain fait d'Alexis Gallissaires un génial dessinateur. Il n'y a rien à dire devant ses grands dessins. Il faut se taire et déguster le cadeau fait à nos yeux. Gallissaires (°1980) est originaire de Perpignan. En 2005, il illustre le second roman d'Oliver Rohe Terrain Vague (Allia), puis publie en 2006, toujours aux éditions Allia, son premier roman graphique, Jimmy, dont il signe le texte et les dessins. Son livre Jour Blanc, dont nous vous parlions il y a quelque temps, est paru en 2018.

A ses côtés, Maxim Brandt, né en 1986 en Ukraine, formé aux Beaux-Arts de Kiehl, vit et travaille à Berlin. Un autre virtuose, mais de la peinture à l'huile. Du pays de son enfance, il a gardé les paysages de forêt, les cabanes de bois. Au milieu des arbres, il insère des motifs étranges : vieille machine à écrire, écran cassé d'ordinateur. Ou bien il s'autorise des collages de motifs dans un style plutôt surréaliste : une silhouette chapeautée, deux yeux de face, l'ébauche d'un coucher de soleil mauve et orange sous les tropiques, un petit dessin encadré suspendu au mur. S'agit-il d'une narration, la fameuse narration chère aux artistes actuels ? Eh bien non. Il s'agit de peinture, de motifs, et d'un goût assumé pour l'étrangeté. Il est permis d'être étrange, il est permis de rêver. Comment rêver en 2020 serait peut-être l’équation que ce jeune peintre virtuose arrive miraculeusement à résoudre.

Il s'agit donc de se précipiter. 

Maxim Brandt - Alexis Gallissaires
Mathilde Hatzenberger Gallery
145 rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu'au 24 octobre
Jeudi et vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.eu

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.