memymom, Histoires de familles

Gilles Bechet
16 juin 2021

Au Botanique, le duo bruxellois memymom nous invite à un jeu de miroir photographique entre mère et fille, entre la maison et le monde.

Comme dans des milliers de familles, Marilène Coolens a commencé à photographier sa fille Lisa De Boeck, âgée alors de 5 ans. Dans cet âge de tous les possibles, les poses, les costumes puisent dans l'imaginaire pour vivre par procuration toutes ces vies pas encore vécues. Une perruque, du maquillage, des bijoux et des chaussures trop grandes pour habiller le réel de fictions comme dans un cabaret transformiste. Très vite, une relation particulière se crée entre la mère et la fille par le biais de l'objectif photographique. Ce projet d'archives ludiques né dans un cadre familial et domestique donne, quelques années plus tard, naissance à une curieuse entité photographique et collaborative entre la mère et la fille, baptisée memymom. Il s'agit de travestissement plus que de vampirisation trouble. On est plus près de Cindy Sherman que d'Irina et Eva Ionesco. Des photos pour raconter des histoires, créer des personnages et observer le monde depuis les coulisses.


Univers parallèle

A la fois photographes et modèles, Marilène et Lisa mettent en scène un univers parallèle où l'innocence de l'enfance s'efface devant la réalité du monde qui se manifeste sous les atours des archétypes fictionnels de la femme, de la maternité, de l'artiste empruntés au cinéma, à la mode et la culture populaire.

Avec plus de 220 œuvres, échelonnées de 1990 à aujourd'hui, Home Game s'articule en trois chapitres qui retracent le parcours photographique du duo bruxellois. Un jeu domestique comme un jeu avec les apparences et les faux-semblants. Somewhere Under the Rainbow (2016- 2021) nous prend par la fin offrant un grinçant miroir des temps actuels et de nos individualités fracturées. We've seen Things annonce Lisa dans une portrait intense, relecture de ces images de gavroches enlarmés, posés sur les commodes des intérieurs populaires, comme des amulettes pour conjurer les tristesses à venir. Dans ces images créées pendant le confinement, les masques se couvrent de strass, le masque d'un gilet jaune est le bâillon de l'impuissance et un dirigeant populiste cache sa tête peroxydée sous un sac en papier.


Le moment figé d'une narration

Avec memymom, Marilène et Lisa ont aussi voyagé, créé des histoires en Espagne, à Hollywood. C'est souvent d'un objet, d'un vêtement ou d'un décor que naît un personnage, une situation. Il s'en dégage une épaisseur fictionnelle que renforce le titre de la photo qui renvoie au titre d'un roman ou d'un film issu d'une réalité alternative. Chaque image devient le moment figé d'une narration où memymom nous laisse imaginer ce qui précède et ce qui suit. Le masque, de cochon ou de papier, vient gommer toute illusion d'individualité.

Dans leur volonté d'englober le monde, Marlène et Lisa invitent parfois leurs amis, danseuses, dandy ou cheerleaders dans leur monde dystopique. Une amie d'enfance retrouvée aux USA s'habille de noir pour créer un négatif de la robe blanche que Marylin faisait gonfler au dessus d'une bouche de métro dans la scène iconique de The Seven Year Itch. Le travail des couleurs qui force parfois le curseur des rouges ou des verts accentue cette impression diffuse de réalisme magique.

The Digital Decade (2010 – 2015) rassemble différentes séries nées d'un lieu ou d'un concept. Dans l'ancienne chartreuse de Herne, le Petit-Château ou une école d'infirmière, les personnages semblent surgir du décor comme une apparition. Windows on the world livre le journal d'une observatrice extraterrestre et Baby blues compare les suites de l'accouchement d'un bébé et de celui d'une exposition.

Avec humour et détachement, Marlène Coolens et Lisa De Boeck nous baladent entre la sophistication, l'ordinaire et le burlesque. Des portraits effrontés rassemblés dans The Umbilical Vein (1990- 2003) à la Rainbow Girl inquiète de 2018, memymom a ouvert les fenêtres de la maison pour faire entrer le monde.

memymom
Home Game
Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu'au 1er août 
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
www.botanique.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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