Meurant, Moerman, une valse à deux temps

Muriel de Crayencour
15 octobre 2020

Il vous reste deux week-ends pour filer voir à la Galerie Didier Devillez, Georges Meurant et Jean-Luc Moerman, un duo d'artistes venus d'horizons différents et dialoguant en une danse joyeuse et lumineuse. Un deuxième accrochage est prévu du 21 novembre au 19 décembre.

Georges Meurant et Jean-Luc Moerman sont tous les deux fous de couleurs. On connait les peintures sur panneaux de bois carrés de Meurant (Etterbeek, 1948), qu'il peint inlassablement depuis des années, exigeant à montrer comment la lumière fuse du prisme des couleurs. Damiers de couleurs opposées ou complémentaires, toujours posées moelleusement au couteau, ses compositions sont directement inspirées de la broderie d'Afrique Centrale dont il est un spécialiste : rythmes, couleurs, enchaînement des formes les unes aux autres. Sous notre œil, la répétition des formes et le choeur des couleurs font comme un chant rayonnant, à la fois joyeux et très présent. La joie de la peinture.

Plus surprenante est la découverte des peintures de Jean-Luc Moerman (Bruxelles, 1967), venu du monde du street-art et dont tout le monde connait les volutes organiques qu'il a décliné ici, là, puis sur des objets commerciaux. C'est pour échapper à tout ce ramdam que Moerman est retourné à l'atelier, se confronter à la toile. Les petits formats qu'il nous montre sont une danse de la couleur et du mouvement. Si Meurant se livre à la couleur pour s'y baigner, Moerman joue d'abord avec le mouvement. Ses longues arabesques sont encore là. Mais elles ont repris la taille de sa main - directement reliée au cœur. Ainsi, il peut les tracer d'un seul geste, mu par une obligation de peindre pour ne pas crever. Ou par un besoin de peindre pour retrouver l'exultation. Et bien sûr la couleur est là. Les petits formats de l'artiste sont intimistes. Comme des extraits de ce qui l'habite. Certains prennent des aspects presque impressionnistes. Moerman se donne au lyrisme et à la poésie. Ca le change des immenses stickers posés sur les vitrines de magasins. Et notre œil aime à s'y baigner, car on y voit une sensibilité, une profondeur, une quête délicate qu'on avait perdues de vue. 

Présentés ensemble, les deux artistes, conversent avec intelligence et précision. Meurant, l'essayiste, chante. Moerman, le street-artist, danse. A deux, ils offrent à voir beaucoup de cohérence, de lumière et de profondeur. Une rencontre qui mérite de nombreuses visites.

Meurant Moerman
Galerie Didier Devillez
53 rue Emmanuel Van Driessche
1050 Bruxelles 
Jusqu'au 24 octobre
2ème accrochage du 21 novembre au 19 décembre
galeriedidierdevillez.be

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.