Miguel Oliver, affolement classique

Muriel de Crayencour
08 octobre 2021

La Galerie Mathilde Hatzenberger fête ses dix ans en présentant une nouvelle recrue, l'Espagnol Miguel Oliver, dont la peinture aux allures classiques recèlent bien des surprises, des affolements et des étonnements.  

"Dix ans, vous imaginez sans doute et je vous le confirme, c’est beaucoup de temps, d’énergie, d’embuches, d’argent,
d’expositions, de papier, de comptabilité, de clous et de vis, de déménagements ; beaucoup de rencontres, de solitude, de
dilemme, de souplesse, d’abnégation, de joie, d’insomnie, de surprises, de ventes, de questions. Beaucoup de folie et
d’amour. Ni marginale, ni contre, ni anti, mais plutôt para, la galerie prétend toujours démontrer la possibilité d’exister pour une île qui fait fi du marché et suit un chemin propre, celui de l’engagement, du cœur, de l’authenticité, du non stratégique et du confidentiel,
" résume Mathilde Hatzenberger dans son communiqué. Et comme est bien résumée en quelques mots la difficile mission d'une galerie.

Encore une découverte épatante, celle de la peinture de Miguel Oliver. Né en 1968, il délaisse l’architecture, tradition
familiale, pour se marier à la peinture. A l’issue de ses études d’architecture, il rejoint pour deux ans l’atelier du peintre bengali Kabir. Le Madrilène est grand voyageur. Il promènera ses pinceaux du Costa Rica à l’Argentine, en passant par le
Bengladesh, pour toujours rentrer dans sa ville natale. Aujourd'hui, il travaille depuis Bruxelles.

Une belle peinture figurative, riche, intense, de style classique, un savoir-faire indéniable. Voilà ce qu'on voit au premier coup d'œil des toiles d'Oliver. Puis ensuite, c'est l'affolement : narration débridée, étrange, personnages comme perdus dans le cadre du tableau, symboles qui clignotent ça et là, ...

Voyez le reflet de ce couple dans le miroir sale fixé au dessus d'un lavabo tout à fait ordinaire. Voyez cet homme qui se lave dans une bassine, rincé d'une eau qu'une petite fille lui verse, debout sur une chaise. Voyez l'étonnante Annonciation qui reprend sans le dire tous les motifs de L'Annonciation de Fra Angelico. Et pourtant, au premier regard, on voit une jeune femme en bleu, dans une cuisine ouverte. La colombe est remplacée par un pigeon. Et l'ange est sur un magnet sur le frigo.

Vertiges des images, encore et surtout, dans la très grande toile qui occupe le centre de la galerie et donne son titre à l'exposition : El rapto de Europa, c'est le bord de l'eau, sur une côte rocailleuse. Un loin, un grand rocher se jette dans la mer. Au premier plan, une jeune femme en tenue de plage consulte son téléphone. L'enlèvement d'Europe est représenté au centre - une femme allongée sur un taureau au galop, entre diverses scènes qui foisonnent et troublent. Ici un groupe assis, là quelques nageurs se reposent sur un rocher. Deux chevaux et leur cavalier, dans l'eau. A l'avant-scène, des végétaux, précis, représentés à la manière des grands maîtres comme Van Eyck. De ce foisonnement d'informations données d'un coup de pinceau précis, classique, émerge une narration qui va dans tous les sens, intense, riche, presque folle, obsédante et qui fascine.

Dans ses petits formats, comme ce cœur sanguignolant ou ce vase à la rose largement ouverte, Miguel Oliver semble travailler avec plus de sérénité, avec la puissance de sa belle maîtrise, les belles textures, une palette délicate.

C'est à voir jusque fin octobre.

Miguel Oliver
El rapto de Europa
Mathilde Hatzenberger Gallery
145 rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu'au 30 octobre
Jeudi et vendredi de  11h à 18h, le samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.eu

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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