Milena et Robberto Atzori, création sauvage

Muriel de Crayencour
18 décembre 2019

Bruxelles fourmille d'ateliers d'artistes de toutes les nationalités. Au Wolke, groupe d'ateliers dans un bâtiment en occupation précaire à Woluwé-Saint-Pierre, un couple de jeunes artistes italiens, Milena et Robberto, expose le fruit de leur collaboration. C'est jusqu'à samedi et ça vaut vraiment le coup de se précipiter.

Robberto Atzori est né en 1989 à Cagliari, en Italie, d’une famille modeste, passionnée de voyages et d’histoire. Il a étudié la sculpture à Bologne, puis à Anvers et à Rome, dans l'atelier de Bruno LiberatoreMilena Caldararo a commencé la couture à l'âge de 3 ans dans les ruelles d’un village en montagne, où elle passait ses journées à coudre avec des dames âgées. À l'âge de 18 ans, elle est entrée au D.A.M.S. (Art, Musique et Spectacle) à Rome pour développer ses autres grandes passions : l’image, la vidéo et la photographie. Elle a ensuite suivi un cours de stylisme et de modélisme, qui l'a amenée à travailler dans l’atelier de Haute Couture de Valentino à Rome et, ensuite, à collaborer avec plusieurs tailleurs romains et ateliers de couture indépendants. Robberto et Milena sont mariés et collaborent depuis fin 2017.

Dans leur atelier au Wolke, peinture, couture, sculpture et installations cohabitent. Dans l'immense salle qui précède les ateliers d'artistes, leur exposition, conçue comme une scène de film, démarre par un long couloir tendu de tissus noirs. Au bout, un prie-dieu. Tournez à gauche et arrivez dans un premier petit espace où ex-voto sculptés en cire ou brodés, vanités et cierges allumés vous entraînent dans une ambiance sombre peuplée de peurs et de croyances. Trouvez votre chemin vers un autre couloir de textile, vous arriverez dans une petite salle où la mère et le père de Robberto vous servent une soupe toscane typique aux lentilles et un verre de vin chaud. Ainsi rassérénés, vous pourrez aborder la dernière salle, immense, dans laquelle vous trouverez des étagères remplies d'objets créés ou collectés par le couple, dans un esprit cabinet de curiosités. 

Aux murs, des massacres : têtes sculptées à la cire, entourées de fourrure en peluche, des broderies sur napperons de corps - viscères à l'air - d'hommes et de femmes, boîtes en verre habitées de squelettes d'oiseaux... et autres objets à la frange entre sculpture et ready made. Du plafond pend une balançoire sur laquelle se tient un homme masqué, habillé d'une cape de fourrure noire et chaussé d'échasses. Derrière son masque de cuir, des yeux hagards. 

Au fond de la salle, plusieurs grandes toiles à quatre mains, particulièrement réussies. On y voit la peinture de Robberto rehaussée d'applications en tissu ou de broderies faites par Milena. Les deux artistes mêlent leur histoire commune, l'ambiance des vieilles églises italiennes, une iconographie fortement nourrie de l'histoire de l'art mais aussi de la culture populaire, le besoin de raconter, leur goût pour le cinéma, la chine et les collections d'objets hétéroclites, et leurs talents propres. Une vaste installation excitante et étrange, avec, dedans, plusieurs propositions de qualité. On est loin, très loin de la white box de la galerie contemporaine dans laquelle Robberto a travaillé comme régisseur. Ici, sauvagerie, joie et peurs déshabillent l'art conceptuel pour redonner à la création sa force vivifiante. On aime beaucoup !

Milena et Robberto Atzori
Amen
De Wolke
16 rue Saint-Hubert
1150 Bruxelles
Jusqu'au samedi 21 décembre
Jeudi et vendredi de 11h à 19h, samedi jusqu'à 23h
robberto.milena@gmail.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.